Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

20 septembre 2013

Je suis assis dans Loréline et j'écris...

Je suis assis dans Loréline et j'écris...

Actuellement en traversée en partance d'Afrique du Sud en direction d'Australie.  Encore une fois je me remémore la première journée que j'étais assis de la même façon, à la même place, mais sur le fleuve St-Laurent...  Maintenant, j'ai décidé d'aller goûter un peu au banc d'agulhas, au sud de l'Afrique.  Ces bancs sont redoutés par les marins de tous les temps.  Ils font parties des trois caps par lesquels les marins viennent faire le tour du monde pour se donner des gallons.  Celui-ci s'appelle le Cap de Bonne-Espérance. 

Je faisais route tranquillement tout en restant à l'extérieur des bancs, je voulais les contourner.  Nous faisions une bonne vitesse avec un bon vent entre 10 et 15 noeuds de l'ouest.  Le vent doit tourner au N-O avec une dépression qui devrait amener un vent plus fort.  Mais la dépression de dégonfle depuis le début de la semaine.  Je serai chanceux, je crois.  Je gardais toujours en tête la possibilité de couper un peu plus court, passer légèrement par-dessus tout en bas du banc.

Tout en naviguant, j'avais les lignes à pêche à l'eau.  Si ça ne mord pas par ici, ça ne mordra jamais!  La première chose qu'on voit en arrivant en Afri que du Sud par la mer, ce sont les bateaux de pêche commerciaux.  La pêche en haute mer est aussi une des attractions touristiques du coin.  On voit partout sur des pancartes pêche au thon!!  Et tout le monde se vante d'avoir fait la plus grosse prise de thon d'une année en particulier...  D'ailleurs, lorsqu'on entre dans une boutique d'équipement associée à quelque chose de la mer, on voit souvent des photos du propriétaire avec son trophée sur un palan, trop gros pour être soulevé par un homme.  Il faut faire attention en arrivant dans le coin, il y a des bouées de pêcheur au large.

Sur ma route mercredi cette semaine, j'étais sorti des hauts fonds près de la côte.  Il y avait donc plus de 500 pieds de profond.  J'ai croisé des bouées de pêcheur...  Je me demande comment ils font pour voir leur bouée.  La mer est haute par ici.  Je commence à comprendre le terme pêche en haute mer. 

La journée se déroulait bien.  Plus je descendais au sud et plus je constatais que la vague de fond faisait surface, entre 2 et 3 mètres de haut.  La mer restait pacifique avec nous.  Il y avait des oiseaux en masse.  Surtout en arrière des bateaux de pêche, quoique je réalisais que j'étais aussi un bateau de pêche.  Ceux que je préférais voir voler, les hirondelles.  Toutes petites, mais rapides!  J'en ai vu une se saucer dans l'eau sans faire exprès, pas mal comique la voir ressortir d'un coup en se secouant rapidement.

Je jetais un oeil régulièrement aux lignes à pêche.  Le pêcheur me l'avait dit, le jour c'est bon à rien.  Le poisson mord le matin ou à la tomber du jour.  Mais moi, je laisse trainer mes lignes quand même des fois que...  mais là, le soleil était couché et je remonte mes lignes avant qu'il fasse nuit.  Je prends la première dans mes mains...  Voyons dont...  il y a du poids au bout...  je tire tranquillement...  ah ben, il y a un poisson au bout!  J'ai de la difficulté à le voir, il reste profond, et il a de la vigueur...  la ligne me glisse entre les mains.  Il est assez gros, j'ai peur de le perdre.  Après 5-10 minutes, finalement je suis près de le remonter à bord...  Il se déprend de la ligne d'un coup!  Merde!  C'était trop beau.  Je remonte la ligne au complet et je la range.  Je prends la deuxième dans mes mains.  Même sensation!  Il y a un poisson au bout!!  Ah! ben là, je vais essayer de le remonter à bord peut-être plus tranquillement.  Mais je vais vous dire, à main nue c'est un peu du sport.  Lorsque la ligne glisse entre les mains, j'ai peur de me faire couper la peau.  Mais il faut savoir lui donner du mou lorsqu'il tire et en reprendre lorsqu'il se repose. 

C'était une bonite d'environ 30 pouces.  Elle était plus pesante que mon dernier qui était un peu plus long.  Elle a du ventre.  Il fait maintenant nuit, j'attendrai jeudi pour la dépecer.  La nuit se passe tout de même bien.  Malgré que le vent n'est pas constant.  Entre 20-25 noeuds.  Il grimpe jusqu'à 35 certains moments.  La mer est croisée.  Le bateau se tient mal.  J'entre dans l'océan Indien.  Ce sera comme ça pendant 40 jours environ. 

Jeudi matin je m'affaire sur mon poisson.  Après une heure trente, j'ai mal aux jambes.  Je ne suis pas bien placé pour faire le travail.  Il me manque de la technique aussi.  Mais je me sors de gros morceaux de viande dont certains petits finissent en sushi directement dans mon ventre.  C'est bon comme ça!  Une chance que je n'ai pas remonté les deux.  Je ne saurais pas quoi en faire.

La journée de jeudi se passe de la même manière que la nuit.  Des rafales de vent de quelques heures m'obligent à régler avec des coups de barre.  La mer est de 3 à 4m.  Toujours avec un vent d'ouest oscillant un peu, des fois un peu vers le nord, d'autres légèrement vers le sud.

La nuit de vendredi, j'ai renoncé à mon lit.  Je veux le garder sec le plus possible.  Je reste habillé et je dors comme je peux.  Nous descendons tranquillement vers le 37e parallèle.  Que nous atteignons au matin.  Avec un ris dans le Yankee.  Ensuite le vent de calme tranquillement, pour quelques heures.  J'en profite pour mieux découper mon poisson et le saler.  J'en ai 1 fois et demie ce que mon gros me donnait.  J'en ai pour deux semaines.  Je vais essayer de le conserver le mieux possible.  Ça fait de l'ouvrage dans cette mer, pêcher, découper et essayer de le conserver pendant que le couteau fait son tour de l'autre côté du bateau. 

Un autre arc-en-ciel ce matin.   Certains oiseaux me suivent toujours.  Des hirondelles, des albatros et un autre espèce dont je ne connais pas le nom, ils sont tout noir.



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Imprimé le : 20 août 2017