Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

18 septembre 2013

Je croyais être bon pour partir dimanche

Je croyais être bon pour partir dimanche

Je croyais être bon pour partir dimanche.  La fenêtre météo était bonne.  Je serais parti juste après une bonne dépression, ce qui me donnait du bon vent pour partir.  Mais avec les péripéties de la semaine passée, j'avais abandonné l'idée.  J'ai perdu au moins deux jours.  Malgré que je n'appelle plus ça des pertes de temps, mais plutôt des apprentissages de la vie!  Malgré tout, je devais reporter mon départ de deux jours.  Donc j'essaierais de partir mardi.  Mais je n'avais pas d'internet à la marina.  Il m'était donc difficile d'avoir les fichiers météo comme d'habitude.  Et mon système de communication à bord ne fonctionnait pas, à cause de tous les autres mâts dans le bassin, les ondes ne sont pas bien émises.  Lundi matin, je me suis rendu compte qu'il y avait une autre dépression qui s'en venait sur nous.  J'avais donc un doute quant à mon départ du lendemain.  J'essayais de suivre son développement du mieux que je pouvais.  Un peu d'internet dans un centre d'achat en allant faire des provisions...  un peu d'internet en allant prendre un café dans un petit restaurant...   Au fur et à mesure, la dépression perdait  sa force.  Les vents de 40-45 noeuds devenaient de 30-35.  Elle ne passera que jeudi.  Et d'ici là, j'aurai le temps de sortir tout juste des bancs d'agulhas, au sud de l'Afrique.  Dans ces conditions, je pars.

Je me suis rendu aux bureaux du gouvernement pour faire ma sortie du pays.  Après bien sûr, avoir participé à la corruption du pays via le club de voile.  J'avais trois endroits à faire.  La direction du port, l'Immigration, et la douane.  Personne d'entre eux ne verrait le reçu de 1000 rands que j'ai dans  mes poches.  À la direction du port, tout s'est bien déroulé.  C'est à cet endroit qu'une madame m'avait aidé à trouver les autres bureaux.  Ils sont vraiment sympathiques.  Je m'excuse, je ne veux pas être raciste.  Mais ils sont tous noirs à ce bureau.  Je me suis dirigé vers le second bureau, l'immigration.  À cet endroit, il y a de grosses pancartes anticorruption, vraiment très significative.  Il y en a une qui dit que la corruption brise la vie!!  Mais moi, je ne peux pas m'empêcher de rire dans ma barbe, si petite elle est.  C'est bien ça, un gouvernement capable d'écrire de belles choses, savoir ce qu'elles produisent, mais ne pas savoir montrer l'exemple...  et moi, ça me rend malade...  À ce bureau, il y a deux noirs aussi.   Les choses se passent bien.  Il y a un blanc qui arrive...  Il me demande quand je pars...  Je lui réponds demain matin...   Il me dit que tu sais que lorsque j'estampe ton passeport tu dois aller sur ton bateau et ne plus revenir en ville... 

Vous imaginez la discussion qu'on a eue.  Lui, il voulait montrer que la loi c'est la loi.  Moi j'avais juste envie de lui montrer mes papiers pour lui montrer que la loi était pour ceux qui l'avait faite...   vraie loi se trouve parfois ailleurs que dans les écrits...  Je me méfie beaucoup de ceux qui écrivent ou qui parlent, j'essaie de regarder ce qu'ils font...  Alors, j'ai attendu avant de faire mes formalités.  Il a réussi à me faire peur.  Si jamais, à la dernière minute la météo n'est pas bonne ou bien il me manque une pièce importante ou je ne sais quoi...  Mais en y réfléchissant bien, le monsieur était dans l'erreur, le 3e bureau se trouve en ville.  Et je n'ai pas le choix de les faire dans l'ordre...  Alors, il ne savait même pas de quoi il parlait.  Mais sur le coup, il m'a tellement fait peur que je l'ai écouté.  Alors moi, après toutes ces batailles à terre, je retourne en mer tranquillement.  Vous savez, j'ai vécu aussi l'agressivité d'un jeune qui mendiait pour manger.   Il m'a suivi jusqu'à mon vélo et à la fin il était frustré par ce que je ne voulais pas lui donner...  je trouve ça vraiment déplorable que des jeunes pleins d'énergie, l'utilisent de la mauvaise façon. 

Les autres sans-abri que j'ai croisés, les premiers que j'ai réussis à prendre en photo.  Vous les voyez dans le dernier carnet de bord.  Eux, j'examinais la scène.  En arrière-plan, je voyais des policiers qui essayaient de réveiller d'autres sans-abri.  Probablement qu'il y en avait un encore sous l'effet de l'alcool.  Mais les deux qui marchent vers moi avec leur couverture.  Je les ai filmés aussi.  Et lorsqu'ils sont arrivés à moi.  Bien sûr, ils voulaient quelque chose à manger, mais ils étaient polis.  Je leur ai donné l'orange que j'avais.  Et j'ai pris le temps de leur expliquer ce que je faisais dans la vie.  Ils comprenaient.  Je n'ai pas d'argent, j'ai de la misère à arriver à mes fins.  Mon but est de prendre conscience de l'humanité et de partager la conscience.  Je ne peux pas changer le monde seul.  Il faut que l'humanité veuille bien le faire.  Et lorsque j'assiste à des scènes comme celles-là, ou que je regarde nos modèles sociaux actuels, je me demande si l'humanité se respecte elle-même...

Il faut commencer par se respecter soi et ensuite on peut être en mesure de respecter les autres...

J'ai réussi à retourner en mer...  Comme prévu  mardi, seulement un peu plus tard dans la journée.  Il y avait un vent du nord, un peu difficile pour sortir du port.  Un marin me regardait larquer les amarres visiblement intrigué par mes activités...  Mais c'est comme ça. Ce n'est pas toujours  facile comme on veut.   Mais en contre-partie, une fois sorti de là, on avançait bien.  C'était un peu particulier de voir la ville et ses montagnes  en arrière sous un ciel nuageux.  On voyait bien la démarcation des nuages.  La ville semblait prise dans un étau entre les nuages et la mer.  C'était une belle image.  J'ai croisé pour la première fois depuis le Brésil, des dauphins!  Comme d'habitude dans les parages, des loups de mer sont venus taquiner Loréline.  Un arc-en-ciel s'est formé, quelques gouttelettes sont tombées...  Des éclaircies ici et là...  La beauté de la nature, toute sa force...   la paix...



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