Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

16 septembre 2013

Un cauchemar...

Un cauchemar...

Je suis arrivé très tôt au bureau d'immigration mercredi passé... L'agent en place n'était pas sans me remémorer que le seul port d'entrée dans les environs est Cape Town! Il faut que j'amène mon voilier au RCYC à Cape Town. Je ne peux pas faire ma sortie seulement en me présentant au bureau... J'étais vraiment heureux de sa réponse. Je me suis donc dirigé vers le club de voile en question pour m'informer s'il était possible d'avoir une place pour le temps d'aller signer les papiers.... Mais non, ce n'est pas une question d'endroit, c'est une question de corruption... Ils me chargent au minimum 1000 rands pour faire ma sortie et c'est une façon d'exercer un contrôle organiser avec le club de voile... Alors que je reste le temps d'écouler le 1000 rands soit 5 ou 6 jours, ou que je reste deux heures c'est le même coût!! Je me demande bien où ils ont pris ça, ce genre de corruption là... Il me semble que par chez nous les politiciens montrent mieux l'exemple que ça... du moins, ils le rendent moins visible... J'étais en beaux fusils. Il me semble que je perds assez de temps ici et là pour qu'un politicien vienne s'enrichir dans ma face à mes dépens... comme si j'avais plus les moyens que lui... le comble de cette histoire, il faut que je le paie en argent... il ne paiera pas d'impôt en plus là dessus... Je trouve la situation un peu salée à mon goût!

Certains projets de l'Homme n'aboutissent à rien...

Sauf peut-être à semer les inégalités...

Je regarde alors la situation une fois rentrer chez moi à Simon's Town. Un vieux loup de mer qui passait, me demanda quand est-ce que je partais... Je lui répondis demain matin... Mmmh!! Il me dit que j'étais mieux de partir cette nuit! Les gens pensent que ce n'est pas long se rendre à Cape Town, mais vaut mieux pas prendre de chance... C'est au moins 5 heures juste pour sortir de la baie et il reste environ 10 heures pour se rendre en ville. Je n'étais pas chanceux. Je venais de passer une nuit très courte pour prendre le premier train à 4h20. Et maintenant, je devais gréé mon voilier prêt pour prendre la mer en deux temps trois mouvements en espérant dormir quelques heures avant de me taper cette navigation. Ma vie est remplie de challenge d'un bout à l'autre, je n'ai même pas besoin de courir après. Qu'est-ce que je devais faire avant de partir?

Dégonfler l'annexe, ranger son moteur au mieux pour le petit voyage, ajuster les bas haubans le mieux possible, ranger l'intérieur, ranger les pare-battage et les amarres que j'avais laissés traîner afin de retourner au ponton avant le départ, faire ma route sur le GPS, rentrer mon vélo... Et, j'avais à peine deux heures pour me reposer un peu, je devais me lever vers minuit pour essayer de partir vers 1 heure... pour essayer bien sûr, parce qu'il reste toujours quelque petites choses à faire que je n'avais pas pensé... Et puis ensuite, je regarde le temps qu'il fait dehors, et je contemple les montagnes que je vois très peu, car il fait noir... Mais elles sont tout de même vraiment très belles! Et il n'y a pas un souffle de vent... Je dois partir cette nuit, car la nuit prochaine le temps s'aggrave pour le reste de la fin de semaine, alors si je ne veux pas trop retarder mon départ. Il faut que j'avance! Cette nuit il y a prévision de 5 à 10 noeuds de vent du sud. Mais pour l'instant, rien du tout. J'ai réussi à partir vers 1h30 environ. En sortant le nez de derrière ces gros navires de guerre, rendu au vent dans la baie, le vent soufflait en fou. J'avais trois ris et plusieurs tours sur l'enrouleur. Et je tirais des bords pour sortir de la baie. Cette False Bay, là je comprends son nom! Je tirais des bords à l'aide de ma carte électronique qui n'est pas interfacée avec mon GPS. Je fais mon point à l'aveuglette. Et lorsqu'il faut que je vire, je vire! La navigation n'était pas de tout repos, la mer assez brutale! Je me disais que c'était un bon réchauffement. J'ai passé le cap de bonne espérance peu après que le soleil se soit levé. La route avait été plus longue que prévu, bien sûr avec le vent dans le pif! Mais une fois tourner le cap, nous ne sentions presque plus le vent. La journée passa relativement sans trop de difficulté, Loréline faisait tout le travail. J'étais fatigué et je devais constamment avoir un oeil sur l'horizon, j'étais un peu inquiet tout de même. J'avoue ne pas avoir très bien mangé.

Cap de Bonne Espérance vu de l'est

Mais sur le chemin j'ai rencontré plusieurs animaux intéressants. Des milliers de loups de mer, ils se tenaient par bande d'une centaine parfois. Une après l'autre elle défilait autour de nous. Ils sont tellement beaux à voir aller, ils font un peu comme les dauphins lorsqu'ils sortent de l'eau. On dirait des truites qui sautent. Certains loups de mer se tiennent les pattes hors de l'eau. Soit qu'ils se font sécher les pattes ou bien qu'ils essaient de se noyer... ni l'un ni l'autre ne fait ni queue ni tête, alors je n'ai aucune idée, pourquoi ils font ça. J'ai eu aussi l'honneur de voir une baleine, mais très rapidement.

Des loups de mer qui se font sécher les pattes

J'ai trouvé l'entrée de Cape Town un peu avant le coucher su soleil. Et je suis rentré. Sans trop de difficulté, j'ai trouvé la marina tout au fond du port industriel. Pas besoin de vous dire que la senteur est assez forte. Et ce n'est pas la rose qu'il y a par ici. J'ai pris le premier ponton du bord en entrant sans me douter de quoi que ce soit. Je vais finir par apprendre... Il était libre, pas plus fou qu'un autre... Facile d'accès... J'ai pris le temps de bien manger et je me suis mis au lit.

Le lendemain matin, vendredi. Je me suis levé avec un étourdissement comme je n'avais jamais eu auparavant. J'avais de la difficulté à me tenir debout. Le vent commençait à se lever. J'étais à la mauvaise place. Directement où le vent rentrait dans la marina. La place était trop facile d'accès, c'était trop beau. Le pire, c'est que ce matin là, j'étais solidement malade, de la fièvre, mal de tête, perte d'équilibre, j'avais mal partout, je n'avais pas de force. J'avais toute la misère du monde à sortir de mon lit. Mais plus le vent augmentait et plus Loréline cognait dans le ponton. Parfois j'arrivais à développer un peu d'énergie pour mieux l'amarrer, mais pas comme il aurait fallu. Le soir venu, je me suis décidé à aller chercher de l'aide à la marina. La météo semblait devenir pire. Il m'a fallu tout mon petit change, mais j'y suis parvenu. Trois gars sont venus m'aider. L'un deux avec quelques traversées à son actif... Un autre, barbu comme on les aime... Merci!! j'ai pu bien dormir sans faire détruire mon voilier sur le ponton.

Je pense que c'est mon foie qui m'a fait défaut. C'est fou à dire, mais je pense avoir mangé trop de chocolat sur mon voyage de jeudi. J'étais trop stressé pour me faire à manger, j'ai mangé ce qui était le plus facile. Samedi matin je me suis levé vraiment en forme. J'ai déplacé mon voilier tout seul et j'ai mangé. On attend plus de vent pour dimanche. J'ai eu le temps de faire mon lavage. Regonfler mon annexe afin de la faire sécher comme il faut. Et je suis parti faire un peu de vélo tant qu'à y être. J'ai rencontré à la marina un monsieur de Madagascar. Il a une école primaire avec sa femme. Il faudra que j'aille le voir au prochain voyage.

La phrase sur laquelle nous avons terminé notre discussion et qui restera graver dans ma mémoire...

L'Homme doit donner avant de pouvoir prendre...

La finalité de l'Homme, ce n'est pas lui-même... Il doit travailler pour l'humanité...

Mais ce sont des concepts abstraits dans notre monde. Le marketing a bien fait son travail en développant des concepts individuels, comme si la finalité d'un produit c'était le moi... ma personne... La consommation définit l'individu... et je dirais même plus, notre société va même jusqu'à définir l'individu comme un objet consommable... Regarder ce qu'on fait avec l'hypersexualisation... on consomme l'individu comme un objet... et ça, ce sont nos modèles sociaux... Il y a même des gens qui se croient des modèles à suivre et qui couchent avec des millionnaires pour arriver à leur fin... Et nous les idolâtrons... Vous croyez que je l'ai sur le coeur... Je commence à peine à faire la paix avec ces concepts qui abrutissent l'humanité. Et je trouve malheureux qu'on ait troqué l'amour de l'humanité par des concepts sans aucune valeur humaine....

 



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