Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

17 août 2013

Je ne voulais pas me faire prendre deux fois...

Je ne voulais pas me faire prendre deux fois...

Je suis donc parti mercredi matin encore une fois en vélo.  Cette fois-ci avec mon kit complet de réparation.  Il prend de la place, mais je n'ai qu'à utiliser mes deux sacoches.  Je suis aussi  parti avec mon brûleur au propane.  Je dois absolument trouvé un moyen pour remplir ma bouteille.  Elle vient du Sénégal et on ne trouve pas facilement un endroit   qui a l'embout pour la remplir.  J'aurais dû en acheter un au Sénégal, mais dans le temps, je n'y avais pensé.  On apprend. 

Je me dirige donc vers Fish Hoek, c'est la deuxième ville à côté de Simon's Town.  Je réalise de plus en plus qu'on y trouve presque tout à Fish Hoek.  La ville se trouve à moins de 10 km, ce serait vraiment bête de ne pas utiliser mon vélo. 

Je réalise aussi que l'hiver ici, il pleut et il vente!  Ils écornent les boeufs presque à tous les jours.  Je n'ai pas mis mon voilier sur un ponton.  Le prix d'un quai est de 90 rands, 9 dollars et celui d'une bouée est de 20 rands.  Il faut être membre temporaire pour utiliser les services de la marina, ce qui coûte 40 rands par jour.  Mais depuis la semaine passée je ne paye plus la bouée, un membre me prête la sienne.  J'économise tout de même un peu.  Les gens de la marina m'ont comme adopté, dont spécialement un couple de sociologue... j'aime bien les sociologues!

C'est bien beau tout ça...  Mais moi, il faut que je continue à vivre.  Et me rendre à mon voilier, c'est l'enfer.  Le vent du nord souffle entre 25 et 35 noeuds cette semaine.  Lorsque je veux rentrer à la maison, je l'ai dans le nez.  La vague devient folle raide...  c'est sûr que je me fais détremper jusqu'aux oreilles...  Je p0ourrais m'habiller en survêtement de navigation...  Mais une fois à terre, je n'ai pas de place pour l'entreposer le temps que je vais me balader en vélo.  J'ai besoin d'un pantalon de pluie, j'ai laissé mon kit de vélo à la maison,  Je ne pensais pas rester longtemps à chaque endroit...  Et la place est limitée sur Loréline, je devais faire des choix.  Comme une amie me disait, parfois on essaie de trop planifier...  et on se fait avoir...  surtout en navigation, des fois j'ai l'impression que je n'apprends pas...  Au prochain départ, je me demande quelle grandeur de voilier j'aurai besoin...  pour entreposer la machine à coudre, une soudeuse...  les enfants...

Une machine à coudre...  pourquoi?  Les imprévus...  coudre des vêtements...  les réparer...  les voiles...  Présentement, je dois me confectionner des pantalons de pluie...  Ma carte de crédit craque de partout, j'économise du mieux que je peux...de toute façon, comme j'ai toujours fait, j'aime ça produire mes affaires...

Ma mission de mercredi était aussi de me trouver du tissu!  Je savais où!  J'ai vu la boutique l'autre jour et je me suis acheté des aiguilles pour mes voiles, il ne m'en reste que une, les autres je les ai prêté, elles ne sont pas revenues.  Dire qu'il y a des marins sans aiguilles à coudre...  J'ai mon voyage, avec  des plus gros bateaux que le mien...

Alors, rapidement je passe à la boutique pour le  propane, on essaie mon brûleur, ils trouvent un embout!  Bingo, ils pourront remplir ma bouteille!  Je passe ensuite à la boutique de tissu,  ils ont exactement ce que je voulais, j'en prends un mètre de plus, je veux me confectionner des protèges sacoche à vélo, y'a toujours ben des limites. Je me suis tellement fait mouiller lundi soir, que j'ai rentré de l'eau qui s'était loger dans mes sacoches et mouiller les noix que je venais de me procurer, des noix mouillée...  Ce n'est pas très bon.  Après la boutique de tissu, un bon déjeuner.  Parfois je me paye la traite, c'est important.  Je ne peux pas vivre dans la misère tout le temps.  Je n'ai pas de frigo sur Loréline.  Je me rends compte que le déjeuner me revient à 7 dollars canadien avec du bon café à profusion.  C'est tout ce que je n'ai pas les moyens de me payer!  Je prends donc le temps, je fais de l'internet un peu...

Je suis chanceux, en revenant chez moi le soir avant que le soleil se couche.  Le vent est tranquille durant le quinze minutes qu'il me faut pour rentrer chez moi, il me laisse tranquille.  Je suis brûlé, je me couche rapidement après avoir mangé.

 

Je passe la journée de jeudi à faire de la couture.  Je commence à réparer mon protecteur de yankee.  C'est une simple vieille voile que j'ai découpée rapidement, mais les coutures sont usées et je dois recoudre quelques mètres de long.  Je me suis détruit la corne sur les doigts.  Il me faut une machine à coudre...  Mais pour le moment, je dois me faire aussi de pantalons de pluie.  Sans patron...  Je prends un autre pantalon pour me faire un patron approximatif.  Ce n'est pas des farces, c'est un de mes vieux rêves de me faire des pantalons.  À la main, la journée =a passer vite.  Mais j'avais quelque chose de portable à la fin.  Je me suis fait donner un élastique d'un pouce et demi au Brésil, j'en utilise un bout pour la taille.  Le tour est joué, c'était de l'ouvrage, mais de toute façon, il pleut en fou.  Je ne pourrais pas travailler sur ce que j'ai à faire sur le voilier.  Et au moins je pourrais sortir même s'il pleut, je ne dois pas me faire arrêter par la pluie.  Et c'est l'hiver ici, il fait froid.

Donc, je me lève très tôt vendredi matin.  Il pleut.  Mais je m'en fou, il faut que j'avance.  Je suis bien habiller, mais je n'ai pas eu le temps de protéger mes sacoches, il n'y a pas de monde parfait.  Les missions d'aujourd'hui sont d'aller faire remplir mon propane et d'aller voir les deux pépinières que je me suis fait indiquer cette semaine.  Elles se situent un peu plus loin que Fish Hoek environ à 15 km d'ici.  J'amène donc ma bouteille de propane, que je charge sur mon vélo, bien attachée avec des bouts de cordage.  Je la laisse en passant à la boutique, je reviendrai plus tard en revenant la chercher.  Et je continue.  Le paysage est beau, très rocailleux, les maisons sont belles...  Et je croise un plus téméraire que moi.  Un escargot qui traversait la rue en plein heure de pointe.  Il se trouvait du côté des maisons et il voyait ses chums direct dans la salade de l'autre côté de la rue.  Il s'est rendu sain et sauf...  Je l'ai donc aidé un peu, je l'ai mis directement dans le party de salade!  Ensuite, j'ai croisé une autre église, je me suis arrêté.  La porte était ouverte, j'ai pas eu le choix de rentré.  Il y avait une messe.  J'ai écouté cinq minutes, il y a encore du monde qui prennent le temps...  Je suis sorti...  et de l'autre côté de la rue il y avait deux choses, une chenille et une fleur...  Je ne sais pas d'où la fleur venait.  Aux alentours, il n'y avait pas la plante qui l'avait produite, pourtant j'examinais les alentours.  Elle était là, seule sur le trottoir.  Je l'ai donc ramassé.  Et j'ai réfléchi.  Et je me suis dit. 

Si l'être humain n'est pas capable de s'arrêter et de voir les beautés de la création, les admirer...  d'en prendre soin...  Peut-être n'en est-il pas digne...  maudite conscience...

Après m'être arrêté à divers endroits pour m'informer, j'ai réussi à trouver la première pépinière.  C'est un peu compliquer.  Je ne peux pas prendre n'importe quel arbre.  Il en faut un qui endurera l'air salin.é  Il n'y a pas beaucoup d'espèce, je me suis fait conseiller le Milk Wood.  Mais, ils n'ont que des Milk Wood de la taille d'un homme, sur un vélo c'est un peu compliqué à amener.  Ils en auront jeudi prochain...  Je reviendrai. 

En me dirigeant vers l'autre pépinière, je me suis arrêté prendre un café.  J'ai ouvert le journal local.  Il y avait une photo en première page.  Je me suis donc informer à propos de cet endroit.  Je suis passé à côté il y a quelques minutes, j'avais remarqué.  Le monsieur me dit de ne pas entrer à l'intérieur, c'est très dangereux, je ne suis pas sûr de ressortir.  Il faudrait que j'y aille avec un résidant.  Il commence à m'expliquer comment se produit la pauvreté.  Et il me raconte un peu sa vie, comment il fait pour s'en sortir.  Il crée diverses façons pour arriver à la fin du mois.  Il doit continuellement réfléchir pour des solutions, sinon il ne s'en sort pas.  Ces gens sont de la main d'oeuvre à bon marché.  Il y a tellement de monde que l'employeur a le choix de l'employé et du salaire versé aussi.  Le syndicat, ils ne connaissent pas, malgré que j'essaie de lui expliquer, mon anglais n'est pas assez bon.  Et ces gens pauvres ont comme modèle social, le revendeur de drogue qui lui a une belle voiture...  Alors, ils finissent par vouloir voler...  Les gens deviennent fous.  Ils ne veulent pas perdre le peu qu'ils ont, alors on peut imaginer qu'ils font les pires choses pour s'en sortir... 

J'entends déjà des gens dire, ils n'ont qu'à se développer...  facile à dire...  mais c'est nous qui avons créé le développement, on ne peut pas trop leur en demander...  il faudrait  être responsable et aider les autres à se développer...  mais trop occuper à compter les billets de banque encaissés...  l'anarchie s'installe tranquillement...

Je suis allé voir la deuxième pépinière, elle avait elle aussi de trop gros arbres, encore plus gros qu'à l'autre endroit....  Je suis donc retourner bredouille.  Tout en ayant découvert un autre bout de cette planète.  Revenu à Fish Hoek, je suis entré dans une boutique de fabrication de bijoux.  Je veux me marier.  Et je me demande en quelle matière j'aimerais l'avoir...  Certainement pas une matière dont les populations locales ont souffert pour que j'obtienne mon anneau...   ou bien qu'il aura fallu polluer pour me la transporter...  ça devient compliqué...  il faudrait que je l'achète local du moins...

Je sais que je réfléchi beaucoup, mais il faudra un jour qu'on le fasse...  sinon, je ne donne pas cher de la peau de l'humanité...  Vite, vite, vite...  il faut planter des arbres...  et combien de carburant nous allons brûler pour les planter, combien de CO2 nous allons émettre pour être capable de le fixer ensuite...

C'est exactement comme faire un trou pour le remplir ensuite...  L'humanité...  Non mais c'est bien, on se crée de l'emploi...



« Retour

Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales
2591, boulevard du Versant Nord
Québec, Québec, Canada
G1V 1A3
Téléphone : 418 928-8378
Courriel :

Imprimé le : 20 octobre 2017