Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

28 juillet 2013

L'Afrique s'ennuyait de moi...

L'Afrique s'ennuyait de moi...

Il faut bien se trouver des raisons dans la vie.  Mais cette fois-ci, elles sont venues d'elles même...  Même pas besoin d'y réfléchir trop longtemps...

Les prévisions sont ce qu'elles sont, elles ne sont pas toujours ce qui se trouve sur le terrain.  Mais ça va dans les deux sens aussi... 

De plus en plus, j'apprends à être conservateur sur la toile que j'ai de sorti.  Je n'aime pas me faire réveiller en pleine nuit et que je doive au plus vite affaler les voiles à cause d'un coup de vent.  Les coups de vent ne font pas vraiment partis des prévisions.  Ce sont des extras, ils viennent en prime.  T'as même pas besoin de les commander.  Ils sont compris dans le prix du billet.  Le seul problème c'est qu'ils n'avertissent pas avant de se présenter à la porte et ils viennent parfois en abondance...   Parfois, plusieurs durant la nuit, souvent, tous à des heures différentes... 

Durant la nuit de jeudi à vendredi, tout se passait bien...  Toute chose étant relative...  Depuis plusieurs jours, mon yankee est hissé.  Parfois, j'ai un peu de grand-voile en plus, lorsqu'il vente de 15 à 25 nœuds.  Mais lorsqu'il vente plus, je navigue avec yankee seulement.  Il annonçait 33 nœuds pour vendredi.  Donc, possiblement que le vent allait augmenter durant la nuit, on ne sait jamais. Je garde seulement le yankee hissé. 

Mais durant la soirée de jeudi, je sens que les choses s'aggravent plus rapidement que prévu.  J'essaie donc d'affaler le yankee afin de lui prendre un ris.  Petite spécification, vous savez qu'un ris sert à rendre la voile plus petite, donc s'il vente plus, c'est bien pratique à avoir.  Mais à ce moment-là, je ne suis pas capable d'affaler le yankee.  J'ai essayé de toutes les façons.  J'en conclu que la drisse est prise quelque part.  Il fait noir, je ne vois rien, même pas avec ma lumière frontale qui est très puissante.  Il est hors de question que je monte au mât par un temps semblable, surtout la nuit.  Je me dis que je n'aurai pas le choix d'attendre à demain et de faire avec les circonstances.  Je devrais bien m'en sortir, il n'annonce pas plus de 33 nœuds de vent.

Finalement, il vente vraiment trop durant la nuit.  Le régulateur ne fait pas bien son travail, c'est normal, j'ai trop de voile.  Je n'ai pas le choix de rester pas loin afin d'aider mon meilleur chum en cas de besoin.  Un petit coup de barre par ici, un autre par-là!  Je n'ai pas dormi beaucoup.

Vendredi matin.  Il fait beau, le ciel bleu...  Wow!  Il y a eu une accalmie très tôt.  Une accalmie faut vite le dire...  pas en bas de 25 nœuds, mais pour le moment c'est quelque chose!  Je me prépare mentalement à grimper au mât.  Je me dis tout d'un coup que ça fonctionnerait aujourd'hui, avant que je fasse le singe encore une fois.  Alors, j'essaie de larguer la drisse du yankee...  par hasard, oups... il s'affale tout seul...   Dieu merci...    Par chance, car la journée ne faisait que commencer...

 Le vent s'est levé...  les rafales ont commencé...  la mer s'est levée...  J'avais envie d'une petite chaleur...  J'ai allumé le chauffage...   Il ne voulait rien savoir...   il m'indiquait un message d'erreur...  C'est humide, il fait froid...  la communication va pas très bien...  quoi d'autre...  La mer est croisée...  Je sors dehors et commence à regarder mieux les vagues...  je me dis que grossièrement je fais deux mètres.  Et je les compare à ma hauteur.  Je réalise que certaines font quatre fois ma hauteur...  C'est la folie!  Mais c'est vraiment beau !  La broue blanche sur le dessus, l'eau qui déferle, doit avoir un mètre, un mètre cinquante de haut.  J'ai tellement été chanceux de pouvoir prendre un ris sur mon yankee.  On fait des pointes de 8,5 nœuds parfois.  J'aime mieux pas imager si le yankee avait été au complet.

Je rentre dans le voilier.  Je réessaye le chauffage, pas de réponse positive.  D'un coup, une vague nous attaque sauvagement par le côté.  Mais une grosse...  le voilier manque de se faire coucher  et du même coup je vois le papier de toilette ainsi que quelque objets qui était à côté sauter directement sur mon lit à l'opposé du bateau et en me retournant, je vois la table à carte s'ouvrir et tout ce qu'elle contient faire un saut de l'autre côté du bateau.  Mes ordinateurs, toutes les cartes, des livres, mes porte-documents, les crayons... tout, tout, tout...  je les vois passer à la hauteur de mon visage de droite à gauche du bateau...  un saut spectaculaire...   Le bateau étant presque coucher, la mer est à la hauteur de la descente et en profite pour rentrer un tit peu...  Mon lit est encore une fois mouillé...  le voilier reprend sa place...

Après avoir tout replacé rapidement à sa place, je suis ressorti dehors.  J'ai commencé à regarder la mer différemment...   En faisant le tour de l'horizon, j'ai vu ma voile déchirée...  La réparation effectuée au Brésil n'a pas tenu le coup.  La conclusion commençait a sauté aux yeux pas mal...  J'ai commencé à vouloir envoyer des messages à mes proches pour leur dire ce qui me passait par l'esprit  et là, la communication avait définitivement rendue l'âme...  Et moi ça m'inquiètes de savoir que vous pouvez vous inquiéter.  Mais la nuit tombait et qu'est-ce que je pouvais y faire...

J'ai donc essayé de dormir dans un lit mouillé.  J'ai réussi une heure je crois.  Ensuite, la mer a bientôt eu raison de moi.  Je devais prendre les commandes.  J'ai passé la nuit à rentrer et sortir pour veiller au grain.  J'étais fatigué, il va sans dire. 

Le lendemain matin, le vent était moins fort, la mer était moins grosse, tout de même 4m environ.  Je regardais le spectacle qui sévissait tout autour de moi d'un œil totalement différent.  Je réfléchissais...  Il y avait des éclaircies par-ci par-là...  À travers quelques grains...  Et des arcs-en-ciel...  Et pour la première fois de ma vie, je voyais le pied d'un arc-en-ciel, il était là entre deux vagues...   Je réfléchissais...  ma décision était prise, je rentrais à Cape Town...

Décidément, l'Afrique me manquait...



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