Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

20 juillet 2013

Samedi 20 juillet

Samedi 20 juillet

Vendredi fut une journée tranquille.  Le vent était d'ouest avec une force variable entre 5 et 10 nœuds, nous avons vu notre vitesse variée de 2 à 5.5 nœuds.  Malgré tout la journée s'est terminée avec un total de plus de 100 miles parcourus grâce à la nuit.

Durant ces journées tranquilles j'en profite!!  J'avais quelques velcro de décoller sur un habit de voile, je les ai cousu, ils ne décolleront plus!  Comme je disais à des marins bretons Lorsque j'étais en Bretagne.  Ces habits sur le coup, ils ont l'air bien adaptés à ce que nous leur faisons subir en navigation.  Mais en les utilisant, je me suis rendu compte qu'il pourrait y avoir certaines amélioration apportées.  Définitivement, les concepteurs ne sont pas des utilisateurs.  Le manteau vendu pour le grand large avec des belles poches duvetées pas de fermeture éclair.  C'est pratique les mains sont vite rentrées et c'est chaud en plus!  Sauf quand une vague vient de rentrer dedans subtilement par en arrière...

Ensuite, j'ai jeté un œil à mes drosses de régulateur d'allure.  Je leur avais mis une gaine aux endroits où les principales poulies s'appuient si on peut dire.  Parce que ce n'est pas de l'usure par frottement  qu'elles subissent mais par écrasement.  Il faut dire que le levier sur lequel elles tirent est directement sur la mèche de safran (la mèche relie la barre franche par laquelle on dirige le bateau au gouvernail (safran) lui-même).  Le levier mesure huit pouces de long, la force nécessaire pour tirer dessus est très grande contrairement à la force nécessaire pour tirer sur la barre franche qui elle mesure environ 40 pouces.  Donc les drosses travaillent beaucoup.  Elles ont tendances à se faire plus écraser qu'user sur les poulies.  Dans mon cas à moi.  Il y avait un écrasement qui commençait au niveau de la troisième poulie, je lui ai organiser une gaine à elle aussi.  Le tout m'a permis en même temps de déplacer de quatre pouces le cordage au complet dans le système.  Permettant ainsi de répartir l'usure sur le cordage avant qu'il ne casse.  Je me suis même monté une drosse neuve avec les gaines cousues aux bons endroits prêts à être utilisée en cas d'urgence.  S'il fallait que les deux cassent en même, ce qui est impossible, un cordage sans gaine fait l'affaire temporairement, voir toute une traversée et même plus.

 

Il est vrai que ma décision d'avancer le pied de mât lorsque j'ai mâté Loréline au Brésil était un excellent choix.  Je la trouvais trop ardente (tendance à remonter au vent lorsqu'on lâche la barre).  Maintenant, elle a retrouvé son équilibre d'antan.  Parfois, j'essaye par simple plaisir de barrer  Loréline.  Je désactive le régulateur.  Et je prends la barre.  C'est un charme, elle se barre d'un doigt.  Et lorsque je lâche la barre, elle a tendance à garder son cap toute seule.  Connaître son voilier c'est bien...  Mais l'avoir monté de A jusqu'à Z  c'est encore mieux... 

J'essaie de naviguer le plus possible sans lumière pour m'éclairer, sauf bien sûr les lumières de navigation.  Je veux dire, pour éclairer ce que je fais.  Le but c'est de m'habituer au cas où il n'y aurait plus de lumière disponible.  Exemple, à  l'heure actuelle, il y a trois cordages sur le pont, ils passent juste à côté du dodger rigide.  Je me suis rendu compte l'autre nuit que je les distinguais juste au toucher.  Deux d'entre elles sont tressées identiques, l'une est plus usée que l'autre.  Et la troisième est tressée différemment.  Les yeux fermés je sors ma main sur le pont et je sais quel cordage je prends.

Le poisson ne mort pas de  ces temps-ci, je mets tout de même la ligne à l'eau et je vis d'espoir...   Mais il y en a un qui a mis ses dents sur le rapala! 

Je suis vraiment chanceux.  La mer reste calme.  Il y a toujours une vague de fond de deux mètres.  Le vent ne souffle pas plus de 20 nœuds ce matin je crois.  J'ai tout de même eu l'obligeance de prendre deux ris.  Nous avons fait des pointes de vitesse de 8.5 nœuds sur l'eau.  En deux heures ce matin, nous avons battu tous nos records de vitesse moyenne, 14 miles nautiques parcourus.  Une moyenne de 7 nœuds.  Jamais, même en prenant la barre, nous n'avions fait cette moyenne...    Ça roule...

J'ai de la difficulté à comprendre.  La mer si calme...  le vent aussi...  Je veux dire normalement, le vent serait beaucoup plus déchaîné...  Il est vrai que j'ai fait attention de ne pas descendre trop vite trop bas en latitude.  Selon le livre des routes de navigation de la Royal Navy, j'aurais dû descendre au 40e plus rapidement.  Mais je ne suis pas plus fou qu'un autre...  Je suis vraiment content d'avoir une bonne communication à bord avec laquelle je télécharge les prévisions météo.  Donc, je vois vraiment bien le déplacement des systèmes atmosphériques autour de moi.  J'essaie d'éviter le pire.  Si j'avais un voilier deux fois plus rapide, j'aurai pu contourner les anticyclones qui m'ont ralenti, mais j'ai ce que j'ai...  Alors, je fais avec...  Je fais quand même bien...

Actuellement, la communication s'en vient plus difficile.  Les heures de propagation des ondes sont de plus en plus restreintes pour la zone dans laquelle je suis.  Il n'est plus possible pour moi de communiquer le matin.  Il me reste seulement les heures du soleil couchant.  Pour le moment, les ondes passent encore bien.  Mais peut-être pas aussi bien pour le futur.  On verra en temps et lieu. 

J'approche d'un océan à craindre, l'océan Indien.  Je me ferai venir les fichiers météo pour une semaine ce soir,  afin de déterminer s'il y a un modèle qui revient au fils du temps dans cette zone pour cette période.  Je me suis d'ailleurs rendu compte qu'il y avait régulièrement un anticyclone qui reste stagnant au-dessus de l'Afrique du sud.  Alors, si je ne veux pas rester pris dans ce système, il ne faut pas que j'y mette les pieds! 

Après vérification de l'inventaire, il me reste suffisamment de nourriture et d'eau pour les prochains mois.  Je risque donc de rester en mer pour me rendre en Australie directement comme prévu.

Ces jours-ci, certaines journées nous avons parcourus 120 miles nautiques, d'autres 100.  Alors, en moyenne je peux peut-être compter 110.  À cette vitesse, nous serions en Australie dans 65 jours, pour 7021 miles nautiques.

En ce samedi le 20 juillet, c'est notre 38e journée en mer.  Nous avons parcourus 2627 miles nautiques sur papier et plus de 3000 miles nautiques sur l'eau...

Pourquoi cette différence...  nous avons été au près du vent très souvent donc, nous avons tiré des bords.  Nous parcourons donc deux fois la distance et nous prenons trois fois le temps normal nécessaire.  Les conditions de navigation n'étaient pas favorables à notre route.  Normalement à partir d'ici, nous devrions rencontrer en majeur partie des vents qui nous porterons vers notre destination,  des vents du nord, d'ouest ou du sud...  Je me croise les doigts sur ce que je viens de dire...  Car on ne sait jamais ce que la mer nous réserve... 

Il y a un beau petit couple d'albatros qui s'amuse...   quelques jeunes étaient là ce matin...

Aujourd'hui, 20 nœuds de vent du N-O.  Mer de deux à trois mètres de la même provenance.  Le ciel est couvert, mais ce matin, il y avait de superbes percées de soleil.

Durant la nuit, je n'ai pas beaucoup dormi.  Le vent devait tourner au sud-ouest.  Il l'a fait momentanément.  Il a même presque disparu au complet.  J'ai tangonné le génois et essayer que le tout reste en place sans trop crier...  Et le vent est retourné au nord pour une autre heure.  Il a ensuite repris sa place au S-O pour les prochains jours.  Donc, j'ai été à l'affut presque toute la nuit...  Café, soupe, céréale...  Faut qu'on avance!

Dimanche matin, en me levant pour la journée.  La mer avait grossi!  Le vent avait repris de la force.  Super belle mer!  De la grosse vague de fond, super longue...  qui ne cesse de nous soulever...  je serai toujours en extase devant cette force brute de la nature inépuisable semble-t-il, si toutefois les écarts de température persiste...

Je sors toujours ma ligne à pêche,  mais ce matin, nous avions des visiteurs!  Deux petits calmars, vraiment très petits.  Ils avaient sautés sur le pont.  L'un était presqu'écrasé, j'ai gardé l'autre comme entrée!

En regardant les fichiers météo pour les prochains jours.  Je crois que la vie nous gâte.  Rien de si pire d'ici l'Afrique du sud.  10-20-25 nœuds de vent du secteur ouest!!  Ensuite pour l'océan Indien...   Ça semble bien aussi! 

Nous avons croisé un cargo ce matin, il semblait avoir la même direction  que nous.

Le gros soleil est sorti en fin de journée!  Ça fait du bien, je commence à sortir le linge d'hiver!



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Imprimé le : 24 novembre 2017