Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

18 juillet 2013

Mes jambes tremblent présentement

Mes jambes tremblent présentement

Je redescends du mât pour la deuxième fois ce matin... 

Hier,  la journée passa comme les autres dans l'atlantique sud...  Il y eut deux éclaircies vers la mi-journée, fin d'après-midi.  En me levant par contre, le ciel bleu se fit couvrir lentement par des cirrus suivit de cirro-cumulus...  C'était vraiment de toute beauté.  Mais je savais bien que ces nuages étaient annonciateurs de quelque chose...  Les nuages au loin, des stratus, s'en venaient lentement mais sûrement...  En quelques heures à peines, le ciel gris recouvrait tous les horizons d'un bout à l'autre.  Les nuages de toutes sortes ont défilés toute la journée.  Ma ligne était à l'eau, mais rien n'a mordu.  Je prétends que dans une mer de deux à trois mètres avec des déferlantes un peu partout, les poissons ne se tiennent pas à la surface.  Malgré ma ligne plombée et mon leurre dernière version, le tout ne réussit pas à descendre.  Il est vrai que nous filions à des vitesses variant entre 5.5 et 6.5 nœuds.  Peut-être un peu vite, mon leurre faisant le poisson volant!  Malgré que ça aurait pu fonctionner?!  Il me manque encore un peu d'expérience.  Nous avons passé la journée avec le yankee hissé et j'ai pris jusqu'aux troisième ris.  Je soupçonne donc le vent avec la clé anglaise au milieu de nulle part...  Sans blague, il a dû atteindre des pointes de 30 nœuds, nous étions vent de travers.  Je ne peux pas savoir sa vraie vitesse, alors j'estime simplement avec l'état de la mer, la voilure que j'utilise et surtout le seul senseur que j'ai!  La peau du visage!  Le vent n'est pas stable, il envoie des rafales parfois, assez régulièrement.  En résumé, une journée à prendre des ris, grise, maussade, où nous filions à vive allure! 

Durant la nuit, je savais que le vent allait tourner.  Il venait du nord et il devait tourner au sud-ouest.  Je me suis donc imposé des réveils.  Et je savais que je devais me lever à différent moments pour ajuster le gréement, ce que j'ai fait d'ailleurs.  La première fois simplement, le vent avait tourné lentement comme ça un peu vers le l'ouest, il venait du nord-ouest maintenant!  J'ai ajusté le gréement comme il est convenu entre Loréline et moi.  Elle avance et moi je règle le gréement.  Cette entente fait l'affaire de tout le monde à bord.

La deuxième fois, j'avais régler mes alarmes.  Je me suis réveillé.  Mais ce qui m'a tiré du lit subitement, c'est la sensation que plus rien n'allait à bord.  Tout le monde était affolé sur le pont.  Nous faisions dorénavant face à la vague, la vitesse augmenta d'un coup, les voiles ne s'en pouvaient plus...  Plus personne ne coopérait...  Je devais régler les différents entre l'équipage. 

Nous faisions maintenant cap vers le nord...

Je réglai les voiles et le régulateur en deux minutes.  L'atmosphère redevenait plus doux à bord.  Mais je savais que le vent n'avait pas terminé de tourner, je devais veiller un peu.  Un petit café...  un bol de céréale...   Un cargo nous passa au sud.  Probablement en direction du Chili j'imagine...  Et lorsque le vent eu terminé sa petite danse autour de nous pour un moment du moins, j'ai pu retourner au lit!

Je me suis levé pour de bon comme d'habitude un peu avant de voir les rayons de soleil.  Je me fais un autre café.  Le temps de réalisé que le vent tourne encore un peu plus vers le sud et sa puissance diminue du même coup.  Mon yankee ne fait plus l'affaire.  Je m'affaire à l'affaler et sortir le génois.  Le vent tombe aux alentours d'à peine 8-10 nœuds, il vient du sud maintenant.  J'en profite pour faire le tour du gréement, le mât... 

Sacrament des fesses...  Je vois tu pas, l'enrouleur qui fait des siennes!  La dernière section du haut s'est détachée des autres...  Je dois absolument arranger ça immédiatement avant que le vent ne m'en offre plus la possibilité.  Je mets mon harnais et je grimpe en haut du mât dans les minutes qui suivent.  Je constate que je dois choquer un peu la drisse, donc je redescend et remonte avec ce qui faut pour arranger le tout.  Je redescends et étarque la drisse de nouveau.  Le tour est joué assez rapidement somme toute.  La mer est relativement tranquille, deux mètres pas plus. 

J'avoue que j'en tremble des jambes tout de même.  J'ai fait mon exercice pour la semaine...  En haut du mât, il faut se tenir et lorsque les mains sont occupées, ce sont les jambes qui travaillent.  La mer est tranquille mais le mât oscille en s'il vous plait en haut de ça...  J'ai vraiment été chanceux que ce soit la partie d'en haut qui se soit détachée.  Si ça avait été une pièce du milieu...  Plus compliquer un peu à résoudre comme situation...

Je réalise l'importance des petites pièces...  La pièce majeure, le mât doit être solide...  Mais si les petites pièces qui le soutiennent font défaillances, ne serait-ce qu'une d'entre elles... rien ne va plus...

Parfois, j'ai tendance à faire une analogie avec notre société...  qui est devenue somme toute globalisée...  à l'échelle planétaire...  L'importance en est attribuée à des valeurs plutôt économiques, celles qui nous ont aidés à nous développer d'un point de vue technologique, selon notre point de vue...  Mais peut-être que nous n'attribuons pas les bonnes valeurs aux bonnes choses...  ou que nos valeurs ne sont pas celles qui devraient être les plus importantes...

Sinon, pourquoi tout ce qui arrive, arrive...  Les différences sociales qui ne cessent de s'accentuée...  la pollution... le réchauffement climatique...  ces manifestations à l'échelle planétaire...  L'être humain...  ce n'est pas Dieu...  sinon, nous faisons un mauvais pas...  Et ce n'est sûrement pas en essayant de contrôler les idées qu'on va y arriver...  Il me semble que l'expérience nous montre bien que lorsqu'un institut essaie de trop contrôler une population, lorsque cette dernière se libère...  la libération se fait diamétralement à l'opposer du contrôle qu'elle a subi...  La seule solution reste la conscientisation des individus et des instituts parallèlement...  pour une responsabilité partagée...  ou bien les instituts prennent la population pour des endormis...  le sommes-nous...

J'ai encore du chemin à faire à travers tout ça...  En date d'aujourd'hui, jeudi matin, 1400 miles nautique jusqu'à mon prochain point de route.  Il se situe au sud du cap de Bonne Espérance.  Ensuite, environ 5700 autres miles jusqu'à Sydney en Australie...

À venir jusqu'à maintenant, j'ai vraiment eu beaucoup de chance.  La mer n'a pas été trop dure avec moi, somme toute...  Oui...  Ça prend du courage, des couilles, de l'assiduité, de la persistance et je dirais beaucoup de chance à travers tout ça...  un brin de folie aussi...

Aujourd'hui, la mer est vraiment trop belle....  Je crains un peu ce qu'elle me renferme comme surprise...  Ce bleu...  intense, magique, merveilleux...  il y a anguille sous roche...  je dirais plutôt de mon côté qu'il y a baleine sous coque...  il y en a toujours une de temps en temps qui vient faire sonner la cloche de mon profondimètre!  Elle me dit : Salut!  Comme ça en passant!!    Des fois à 60 pieds, parfois à 26...  Oouuuhh!!

Faut faire attention des fois à ce qui nous parait trop beau...  Ces grands parleurs petits faiseurs...



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Imprimé le : 18 août 2017