Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

16 juillet 2013

À l'heure qu'il est...

À l'heure qu'il est...

Je suis encore debout!  J'attendais que le cargo me passe avant de pouvoir aller me recoucher.  Il est actuellement 5h UTC. 

La journée de lundi passa comme toutes les autres, au rythme du vent...  Le vent de la journée n'était pas bien défini.  Vers 10h UTC, il s'estompa...  Parfois une petite puff du sud...  parfois une autre du nord...  Serais-je de venu fou...  des hallucinations?  Bien sûr, j'ai déjà entendu des voies en navigation...  Une fois même, mon régulateur d'allure n'était, avec certitude, à la même place que je l'avais mis avant de me coucher...  suis-je vraiment seul à bord...  Mais là, le vent qui vient un coup du sud...  l'autre du nord...  je finissais tout de même par avancer...  oui, à un noeud, parfois deux...  mais le plus important c'est d'avancer!  Je restais avec un doute à l'esprit sur la véracité des vents que je sentais.

Durant la journée, je vérifiais la quantité d'eau douce qui me restait, le nombre de cannes de conserve...  J'ai même recousu un sac en plastique réutilisable...  J'ai eu le temps de lire en masse aussi...  Assis devant le théâtre de la vie, je devrais dire au milieu de la scène!  Maintenant, je crois savoir reconnaitre le seul et unique vrai albatros.  Celui de la fin de semaine ne s'est pas présenté, mais un semblable par contre.  Avec tous les autres bien sûr, les jeunes...    je les appelle comme ça parce qu'ils sont petits.  Il y a aussi les plus foncés...  eux, il y en a masqué et d'autre sans masque...  et les albatros, ces navigateurs de grand large...

Alors je lis, devant ce spectacle de la vie...  Ces nuages qui déroulent...  Cet astre lumineux qui réchauffe...  il prend le temps de se lever, passe au -dessus de nos têtes et va se coucher tranquillement sur l'horizon...  Et ces oiseaux qui virevoltent, chacun à sa façon autour de nous...  une épave contemplant le tout...  Tandis que les voiles essaient de faire quelque chose...

Et je me demandais si c'était possible ce genre d'entre coupage de vent...  une brèche du nord...  entre couper d'une brèche du sud...  et comme ça toute la journée...  le temps que le prochain système atmosphérique prenne bien sa place.  Dans ma tête, le vent vire progressivement...  S'il est du sud...  il tournera vers l'ouest par exemple progressivement pour monter au nord...  ou à l'est... pour monter au nord ensuite...  peu importe...  Mais là je vivais autre chose...  Le vent du sud qui passe directement au nord!  Est-ce possible??

Alors, dès que je pouvais avoir une communication avec ma radio HF, je me fis venir des fichiers détaillé aux 6 heures des conditions météo.  À partir de là, je pouvais mieux voir l'évolution des systèmes!  Je devais en conclure que ce que je percevais était possible.  Un vent du sud qui vire au nord sans même tourner progressivement.  Sam me l'avait bien dit.  Mais sur le coup, je n'avais pas bien compris.  Il faut le vivre en temps réel pour bien le comprendre.  Le vent du sud fait partie d'une dépression qui m'a déjà dépassé il y a quelques jours...  Et le vent du nord fait partie d'une autre dépression qui s'en vient!  Et l'accalmie que j'ai vécu, c'est une partie d'un anticyclone qui a pris la place qu'il pouvait entre les deux!

Donc, il se peut que sur la ligne de cisaillement des deux vents, il y ait des petites puff de vent du secteur opposé qui entre dans l'autre secteur de vent.  La distinction, la coupure entre les deux systèmes ne se fait hermétiquement!  Ils pénètrent l'un dans l'autre de temps à autre.  Ce qui fait que les voiles ne savent plus vraiment où donner de la tête.  Parfois oui, il y a la vague qui fait contre-gîter et qui dévente les voiles.  Mais parfois ce sont des vents opposés aussi qui font le travail!

J'ai donc fait un jeu avec le génois et l'enrouleur.  Parce que j'utilise l'enrouleur quand même, il ne faut pas qu'il se sente trop délaissé.  Alors, je l'utilise en dessous de 20 noeuds de vent à peu près.  Mais lorsqu'il n'y a pas beaucoup de vent ou que l'allure du bateau ne permet pas de bien gonfler le génois.  Ce dernier claque dans le gréement, et ce n'est pas un son plaisant à l'oreille.  Sans compter que la voile n'aime pas ça non plus, ses coutures n'aime pas ça, l'enrouleur n'aime pas ça non plus.  Finalement, il n'y a pas grand monde sur Loréline qui aime ça.  Et le but de la navigation est de rendre le plus de gens heureux sur le bateau, sinon ça va pas du tout.  Le jeu se nomme donc, si tu claques, moi je t'enroule!  Le jeu est bien simple.  Il faut garder à l'esprit que le but est de rendre le plus de gens heureux...  Donc le génois est déroulé, on le place dans les meilleurs circonstances de navigation actuelles.  Parfois on aurait envie de le tangonner bien sûr, c'est une autre option.  Mais pas dans le jeu que je viens d'inventer.  On essaie de faire bien sans se donner trop de mal à sortir le tangon. 

Alors, dès que le génois à tendance à vouloir claquer, il faut lui porter une attention toute particulière et essayer de lui donner la meilleure forme possible pour ne pas qu'il ait envie de claquer.  Et si jamais il claque dans le gréement ou il le fait claquer!  On dit la phrase magique, si tu claques, moi je t'enroule!  Et on enroule d'un tour l'enrouleur!  Et vous allez voir, le génois vous écoutera.  Et s'il n'écoute pas, on enroule encore. Et après un moment, d'une façon ou d'une autre il cessera de claquer!  Et ce truc est garanti pour toutes les allures...

Vous vous demandez ce que devient un marin solitaire en haute mer comme ça...  il se raconte des histoires....  Mais farce à part, ça fonctionne vraiment...

Maintenant, il est rendu 6h UTC, le cargo nous a définitivement passé...  je me suis bien amusé...  Le vent du nord semble bien établi.  J'ai sorti pour la première fois un de mes vêtements une pièce.  Il sera temps que j'aille dormir un peu...  La météo annonce jusqu'à 30 noeuds de vent en fin de journée.

Je vois les premières lueurs du soleil se montrer à l'est sur l'horizon...  directement où je vais...  La vie est belle...  Je n'ai pas sommeil...

Rien à faire, je suis de nouveau sur le pont...  Je navigue vers Orion...  et l'étoile du berger...

Définitivement, il y a une baleine en dessous...  à moins que ce ne soit un sous-marin russe... Mais l'autre jour en naviguant dans le regroupement de baleines, elles m'ont convaincus que lorsque mon alarme de profondeur sonne c'est l'une d'entre elle...  et là, elle est entre 24 et 30 pieds de profond...  elle disparait ensuite...



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