Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

15 juillet 2013

Un mois depuis le Brésil

Un mois depuis le Brésil

Ce matin, la première chose que j'ai vu en me levant...  La mer...  Vous riez de ça...  Mais je veux dire la Mer, la vraie...  pas les vaguelettes de l'atlantique nord, je ne voudrais pas l'insulter...  Elles savent bien nous brasser.  Mais ce que je voyais à l'horizon qui venait soulever l'embarcation, ne datait pas d'hier...  De belles grosses vagues de 2 à 3m de haut avec une longueur d'à peu près 200 pieds.  Toute une masse que je ne me rappelle pas d'avoir vu auparavant.  Pourtant le vent ne dépassait pas 10 nœuds.  Ces vagues avaient pris forme depuis bien plus longtemps que le dernier système atmosphérique qui était passé par ici.  J'étais vraiment impressionné!  Subjugué!  Qu'elle force la nature elle a!  En me levant la tête un peu plus, au loin, le ciel nous apportait de très gros nuages vraiment très obscurs...  ouch!  Autre chose que les petits nuages qui passent depuis quelques jours.  Ceux-là, ils prenaient toute l'espace visible d'un horizon à l'autre... de l'ouest à l'est...  Je pensais prendre de la toile....  Mais pas immédiatement, il n'y avait aucun mouton blanc visible à l'horizon.  Je pouvais prendre un café paisiblement en attendant que le nuage se rapproche.

Environ une heure plus tard, les petits moutons se présentaient.  Le vent forcis.  Je pris un ris.  Les moutons avaient tendance à se multiplier.  Je pensais à rouler mon génois et sortir le yankee.  Après quelques moments de réflexion sur la chose, je me disais que je préférais le sortir avant qu'une tempête sévisse et que la pluie ne s'abatte.  Suis-je devenu sage, ou un peu momoune peut-être...  Peu importe le qualificatif employé...  J'exécutais ce qui me semblait le plus réfléchi, je hissai donc le yankee.

J'avais vraiment bien fait.  Le nuage passait et nous filions à vive allure!

Mais décidément comme tous les autres depuis quelques jours...  une fois le nuage passé...  le vent filait avec...  J'ai donc déroulé le génois de nouveau...   Mais bon, le vent était quasi absent...

En fait, c'est ce qui est le plus épuisant je crois, ce sont ces journées où il n'y a pas de vent stable.  Le voilier n'avance pas bien.  Les voiles ne sont pas bien.  Le marin n'est donc pas bien non plus.  Toujours à essayer d'avoir la voilure appropriée...  Sinon, on n'avance pas du tout.  C'est beaucoup d'énergie pour pas grand-chose au bout de la ligne...  En plus que le sommeil devient encore plus difficile.  

Une des premières choses que j'ai faites ce matin.  J'ai sorti ma ligne à pêche.  Je veux manger du poisson!

Et à travers tout ça, je n'en étais plus capable de la supporter, j'ai taillé ma barbe.  Je me sens mieux.

Tout de même depuis un mois que je suis parti.  Je me suis donc décidé aussi à changer de gilet.   J'ai mis de côté le bleu, j'ai sorti le vert!  Il me restera le gris pour le prochain mois...

Le ciel s'est maintenant bien dégagé!  Gros ciel bleu!  Le soleil à plein!  Mais on n'avance pas vite... 1 nœud environ...

Et ce matin, toute la famille est là!  Ils sont une dizaine finalement attroupé à environ 200 mètres de nous.  Mais je vois un nouveau membre!  Je devrais dire une nouvelle espèce de membre.  Il est vraiment impressionnant.  Le corps tout blanc, lustré, vraiment clair!  Les ailes foncées et le bec jaune.  Mais jaune exactement comme un aigle d'Amérique à tête blanche, ceux qu'on retrouve dans l'ouest canadien, à Squamish entre autre.  Tu t'en souviens ma p'tite mère?!  Et l'amplitude de ses ailes...  un vrai cargo...  avec son corps énorme...  Il doit être, toute proportion gardée, 1 fois et demie la grosseur des plus foncés, ceux que je trouvais gros !  Lui c'est un de grand espace...  de navigation hauturière longue distance...  Il ne fait pas de fla fla avec les vagues...  il sait où s'en va...  Il est vraiment trop gracieux!

Tandis que les foncés, ils s'approchent de plus en plus de Loréline, ils l'apprivoisent tranquillement.

Et cette mer qui ne finit pas de se soulever même sans vent...  Cette pulsation se nomme la vague de fond semble-t-il.

J'étais en communication avec le réseau du capitaine comme à tous les matins.  Je disais à Pierre que peu importe si j'avançais bien ou pas, tout ce que je voulais aujourd'hui, c'était de manger du poisson.  Après la communication radio, j'étais un peu fatigué.  Le vent se levait tranquillement.  J'ai scruté l'horizon plusieurs longues minutes afin de m'assurer que le gros nuage qui s'en venait me laissait une bonne demie heure pour me reposer dans mon lit douillet!  Nous avions une vitesse de 4.5 nœuds.  Et hop!  Au lit!  Mmmh!!  Le lit est bon!!  Quelques 10 minutes après, je commençais à peine à vouloir fermer les yeux...   Vvvviiiiiit!  Se fit entendre...  Ho!  Ma ligne à pêche!!  Vite!  Sur le pont!!  Mais sans plus...  je touche à la ligne...  Il n'y a pas vraiment de force dessus...   Je décide tout de même d'essayer de la remonter...

Oup!  Y'a l'air d'avoir quelque chose au bout de ça!!  Je remonte tranquillement, le poisson commence à tirer férocement!!  La ligne plie!!  Mais pas bien longtemps...  Je remonte assez aisément la ligne...  Le poisson semblait petit.

En effet, c'était une petite dorade de 15 pouces environ.  Petite!  Mais c'est toujours dans yeule!  Voilà mes repas pour aujourd'hui et demain...

Suite à un repas de dorade fraîche accompagné de riz.  J'ai pu faire mon somme.  Celui que je désirais juste avant que la dorade ne nous rende visite....

En fin d'après-midi, à mon lever, la mer était d'une beauté exceptionnelle.  Elle portait une longueur de vague parfois d'une centaine de mètres...  Elle n'en finissait plus de défiler devant nos yeux assoiffés de tant de merveilles...  ces albatros s'amusant au gré du temps, du vent et de la mer...  Ce ciel dégagé au-dessus de nos têtes, mais entouré de nuages aux quatre coins de ses horizons...  Pour la plupart des cumulus!  Ce vent léger et doux réchauffé par cet astre rayonnant et miroitant sur cette mer...  Tous les éléments du ciel et de la terre réunie ici au même endroit...  Cette paix complète entre tous, mais dont je sais combien...  éphémère...

Nous filons une vitesse de 1.5 nœud... 

Ce matin, j'ai eu le temps de faire des vérifications, ici et là...  resserrer des écrous, ceux des chandeliers...  graisser une poulie qui n'allait pas bien...  vérification aux goupilles de ridoirs et à leur sécurité...

Hier, j'avais dû ouvrir de nouveau mon cabestan (winch de bâbord) après la première vérification tout semblait fonctionner)  Mais c'est au coup de vent suivant qu'il ne fonctionnait pas plus.  Lors de la seconde ouverture, j'ai réalisé qu'il s'était fait poivrer (par de l'eau de mer) je devrais plutôt dire salé...  beaucoup, plus que sa tasse...  un des mécanismes était pris dans le sel finalement.  Donc aujourd'hui, il répond comme un neuf!

J'avoue que je pense à Cape Town de ces temps-ci...  Il me reste 20 jours de navigation pour y arriver.  Ce trajet m'aura pris deux fois plus de temps que je croyais.  Je pourrais arrêter à l'épicerie acheté des aliments frais, refaire le plein d'eau.  Mais un arrêt implique une semaine de plus. Il faut que j'y pense comme il faut.  Je ne suis pas en course...  Mais le temps file... 

En même temps que j'écris, le vent forci...  oups!! 2.7 nœuds!!  3.0!!  Les pulsations de la mer sont incessante...  je suis en extase complète...

Samedi ce fut un peu la même chose.  Pas beaucoup de vent...  on avance tout de même de peine et de misère...  On fait tout de même environ 60 miles par jours.  Dans la nuit à dimanche, je sentais bien le temps s'en venir.  J'avais de la difficulté à aller me coucher.  J'ai donc mis mon alarme pour être sûr de me réveiller aux heures...  Et finalement, j'ai pris deux ris et j'ai enroulé le génois pas mal...  La mer s'est levée en même temps que le vent.  Environ 15-20 nœuds de l'ouest, donc il nous portait.  Les voiles en ciseaux toute la nuit, j'ai vraiment bien dormi par la suite.

En me réveillant dimanche, la mer était tout aussi belle qu'à l'habitude.  2 à 3 mètres de vagues.  Il y avait une ligne de grain à l'horizon.  Elle nous a passé directement au-dessus.  Ensuite, le vent s'est stabilisé. 

Toute la journée nous avons eu droit à un spectacle de baleines.  Nous croisions la route d'un groupe j'imagine.  Des baleines bleues il me semble avec la petite nageoire atrophiée sur le dos.  Leur grosseur variait je dirais entre 30 et 50 pieds peut-être.  Certaines de la largeur de Loréline.  Elles étaient décidément en navigation, elles nous dépassaient, leur cap devait faire environ 100 degré, tandis que le mien d'environ 115.  J'en ai donc vu sortir prendre leur respire.  Les plus proche ont passé à 20 pieds de nous.  Elles nous sentent, elles viennent voir, elles s'approchent...  Certaines autres nagent parallèlement à nous, d'autres que j'ai vu nous passé en arrière, elles changeaient leur route pour nous laisser passer et ensuite reprendre leur route.  La plupart que j'ai vue nageaient à 2 ou 3 pieds de la surface, certaines s'amusaient avec la vague, juste à l'effleurement de l'eau...

Franchement, la mer...  sa vie... ses décors...  tous aussi passionnant les uns que les autres...   à couper le souffle à tout moment...  On se demande quand est-ce qu'on aura envie de dormir...

J'oubliais, j'ai vu vendredi soir...  je ne sais pas trop quoi...  comme une étoile filante, mais beaucoup plus gros...  ça brûlait dans le ciel,  visiblement dans l'atmosphère et au-dessus des nuages...  sa lumière verte fluo vraiment intense et plus épaisse que celle d'une étoile filante a duré un bon deux secondes...

La journée se termine bientôt et je vois encore des baleines passées...  je viens d'en voir une différente, avec une nageoire dorsale plus grosse...  on ne les voit pas au complet, mais on voit leur corps se profiler dans ce grand bleu...



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Imprimé le : 24 juin 2017