Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

11 juillet 2013

Toute une journée...

Toute une journée...

En me réveillant ce matin, je devais reprendre un cap dans la bonne direction.  Loréline avait perdu le nord.  Le vent manquait à l'appel.  Mais avec un petit vent apparent, j'ai réussi à nous donner une vitesse de 1 noeud.  (Qu'est-ce que le vent apparent?  Lorsque l'on avance, on se crée un vent, juste en se déplaçant, essayez de courir voir, vous aller sentir un vent contre vous.  Donc la résultante du vent réel (celui qui se crée par les phénomènes atmosphérique) et le vent créé par notre déplacement donne le vent apparent.  C'est donc une résultante de deux vecteurs!)  Donc, lorsqu'il n'y a pas beaucoup de vent, si on fait face au vent le plus possible (environ à 45 degré), on se crée un petit vent apparent, le vent devient un peu plus fort.  Donc on a un peu plus de vitesse.  Toujours mieux que d'entendre les voiles claquées...  Mais ce plaisir ne fut qu'éphémère.  Le vent tombait complètement.  En fait le vent tournait en rond.  Tout d'un coup, un gros nuage passait par-ici!  Nous avons fait 2 noeuds pendant 15 minutes...  Ensuite un vent du nord...  un petit coup de l'est...  On ne savait plus où donner de la tête. 

Je savais de toute façon que j'avais au moins une journée à passer dans le centre de ce nouvel anticyclone.  Les fichiers météo le proclamaient pour demain, mais si c'était aujourd'hui qu'elle en était la différence...  La seule chose que j'avais vraiment en tête en me levant, il faut que je mange du poisson ce soir.  Alors à travers mes multiples manoeuvres sur le pont, je montais ma ligne à pêche avec l'artillerie lourde.  Je suis vraiment désolé Pascal, mais le leurre que tu avais doit être trop vieux!  Je l'ai essayé quelques jours... mais voilà, je n'ai rien pris alors je dois sortir le dernier cri!  Pareil comme celui qui m'avait fait prendre le thon d'un mètre!  Les poissons aussi doivent avoir l'informatique et les mises à jour des leurres...  Je voulais tout de même l'essayer, mais je crois que c'est plutôt un leurre à pêcheur...   

Dès la lueur du jour elle était à poste avec deux autres bouts de lignes.  J'en avais donc trois qui trainaient à l'arrière.  Pas besoin de vous dire qu'un moment durant la journée, à force de virailler que tout était mêler!  Trois lignes mêlées ensemble ça commence à être du sport!  J'en ai donc retiré pour finir la journée.  Y'a toujours ben des limites.

Durant l'après-midi, un autre nuage plus agressif que les autres m'a toujours bien donné 5 minutes de plaisir!  Mais en bordant mon génois, je me suis rendu compte que mon cabestan ne fonctionnait plus...  Le plaisir fut assez bref merci!  Est-ce que tous les éléments veulent vraiment que j'arrête à Cap Town, sacrebleu...  Je suis pris pour le défaire ici même...  des cabestans neufs...  Le temps que le nuage passe...  J'ai mis une serviette sur le bord du bateau...  faut pas que j'échappe une pièce ici à l'eau, parce que c'est vrai que c'est profond un peu pour plonger!  Finalement, il avait juste besoin d'attention.   Je l'ai défait, regarder, flatter...   et il fonctionnait....  Je n'ai rien compris finalement.  Pas d'infiltration d'eau rien du tout...

Toujours est-il que je suis en train de pêcher actuellement.  Les lignes traînent encore à l'eau.  Mais là, notre vitesse fulgurante fait en sorte qu'une des deux a l'air de descendre directement au fond.  Je commence donc à la remonter avant qu'elle ne vienne se mêler avec le safran.  Je la remonte tranquillement, mais voyons dont!  Est-elle prise au fond, je tire dessus, mais elle ne vient plus!  Momentanément, je me pose des questions.  C'est un bizard de poisson en tout cas, il ne répond pas...  Finalement, je réussi à la remonter encore un peu...  elle se dirige vers le devant du bateau toute seule, ou bien le bateau tourne je ne suis pas sûr exactement, il n'y a vraiment pas de vent, il va à la dérive.  Je me dirige vers la proue avant que la ligne ne se mêle un peu partout.  La ligne remonte tranquillement.  Je vois tu pas, sur le coup, on dirait une grosse vadrouille verte, blanche et un peu de foncé aussi, genre noir...  Je me dis c'est quoi ça?  Dis-moi pas que j'ai ramassé un déchet de la mer?!  Et bien non!  Une fois rendu près de la surface, je vois à travers cette eau limpide, clair comme de l'eau de roche...  Je distingue une tortue!  Maudite marde, dis-moi pas que j'ai pris une tortue!!  Et oui, elle a mon leurre dans la gueule...  Sacrament des fesses...  Sensible comme quinze, je ne me vois pas en train de tuer une tortue... Jamais de la vie!  À moins que je sois en état de survie et que ce soit elle ou moins qui y passe...  Où alors que l'hameçon soit pris dans le fond de la gorge et que  je sois obligé de la décapiter.  Je tremble juste à cette idée qui me vient à l'esprit.  Je la ramène tranquillement sur le bord arrière de Loréline où il sera plus facile de la monter à bord tranquillement.  Elle ne résiste pas du tout.  Elle se laisse amener.  Je cours à l'intérieur pour aller chercher une paire de pince au cas où il soit difficile de lui enlever l'hameçon, je sors aussi avec ma caméra.  J'arrive à l'extérieur...   Elle était partie, l'hameçon ne devait pas être bien pris dans sa gueule.  Les émotions s'estompaient...  Elle était toujours en vie...  Le sang n'avait pas couler cette journée là...  Dieu merci...  Si tout le monde pouvait avoir sa place sur terre... 

Dire qu'il y en a une, une fois, qui m'avait dit que je n'avais pas de couille...  juste parce que j'avais montré mes émotions...  Je crois que c'est plutôt humain de montrer de la compassion envers la vie...  et lorsque les gens se prennent pour le nombril du monde...  il faut leur faire attention...  ce sont des âmes perdues...

La vie n'a pas été faite pour une espèce ou pour un individu... mais pour la biodiversité...  C'est la diversité qui nous protège des temps difficiles...  Mais tant que l'homme va se croire supérieur et penser pouvoir contrôler...

Aujourd'hui, les jeunes manquent à l'appel.   Ils ont dû trop fêter hier soir!   Mais par contre, il y a trois albatros, les plus vieux, plus gros, plus foncé.  Malgré que je ne sois pas certain que ce soit des albatros.  Mais sinon leurs cousins peut-être.  Et bien, ils se sont approchés plus près de Loréline, ils commencent peut-être à être plus familier.  Ils ont le contour des yeux blancs.  Ils sont vraiment beaux!  Les yeux comme ceux des ratons laveurs, noirs entourés d'une bande blanche.  Et si je ne me trompe pas le bec aussi est entouré de blanc.  Des oiseaux masqués.

À l'heure où je vous écris 15h UTC, un vent du nord vient de se lever.  Était-il prévu, ne l'était-il pas...  On prend ce qui vient et on fait avec!  On recommence à avancer!  Lentement...  à pas de tortue...  J'vais peut-être bien ressortir ma ligne!

Mais non, en deux secondes et quart, le temps de le dire, le vent vient de tourner à l'est...  on oublie la pêche pour aujourd'hui...  au moins, le cabestan fonctionne et la tortue est en vie...

Et le temps que j'écrive ces lignes le vent vient de tourner au sud-ouest... 

J'vais m'en sortir...



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