Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

10 juillet 2013

Une vague qui ramène à l'ordre...

Une vague qui ramène à l'ordre...

La journée de lundi avait bien commencée.  Le vent du nord avait forci donc nous faisions route sous yankee et grand-voile plus ou moins arrisé tout dépendant du vent du moment.  Nous faisions une vitesse moyenne de 6 à 6.5 nœuds en matinée.  Les pointes de vitesse montaient jusqu'à 7.5 nœuds.  Loréline avait du plaisir, rien ne forçait.  En fin de matinée nous avions les trois ris de pris.  (un ris c'est un point d'amure dans la grand-voile, en prenant la voile à cette endroit on la descend, donc on la rétrécie, plus le vent est fort, plus on prend de ris, dans ma grand-voile il y a trois tris).  Lorsqu'il y a trois ris de pris, il vente passablement beaucoup, 20 à 25 nœuds, mais le 3e ris peut être bon jusqu'à de plus grand vent tout dépend de sa provenance.  Tout ça dépend aussi de l'embarcation.

Ce matin-là, il y avait sûrement des pointes de vent à 25 nœuds.  Avec un vent qui pousse par en arrière, ça peut faire des pointes de vitesse assez hallucinante pour ce genre de voilier.

Je me suis fait prévenir d'une possibilité d'un vent de 30 nœuds qui s'en venait sûrement toujours du nord avec une mer de peut-être 5m.  Mon yankee était en place et pas juste par plaisir de le voir.  C'est lui que j'avais besoin pour ce temps.

En après-midi, la mer se gonflait et le vent forcissait encore.  Lentement mais sûrement.  Des pointes de vitesse de 8.0 nœuds.  Le bateau travaille moins bien.  J'affale la grand-voile au complet.   La vitesse diminue passablement mais pas pour bien longtemps...  Le yankee gonflé à bloc, le vent et la mer s'étaient établies.  Les vagues de 4m venaient de temps à autre.  Les déferlantes commençaient à prendre forment tout autour.  La pluie s'abattait sur nous.  Je restais à l'intérieur.  Mon dodger ne pouvait me garder au sec, tout arrivait par en arrière.  La mer, le vent et la pluie...  Après quelques heures, la pluie avait cessé.  Je me suis donc sorti le nez.  Un peu d'air frais enfin!  Je regardais le spectacle se produire...  Impressionnant!!  C'était tellement beau...  Les moutons partout...  Les déferlantes...   Ces surfs à tout bout de champ...  des vitesses de 7.3, 7.5 nœuds... le bateau se manœuvre tout seul et bien...

Je regardais l'horizon au nord, d'où la mer venait...  J'ai remarqué un bouillon commencé à se former, il s'en venait sur nous...  peut-être pas...  mais on y voyait la force s'accumuler en lui...  La mer passant par-dessus, les vagues une après l'autre...  Mais cette énergie est pas prête à exploser encore...  il attend, prend de la vigueur...  on le voit, il s'en vient...  Et au moment venu, lorsque la vague adonne bien et que son énergie est au point culminant, il explose!!  Et il nous produit une de ces vagues...  En fait, on ne la voit pas vraiment, parce qu'elle est directement en dessous de nous.  J'avais mis les mains sur la barre depuis quelques minutes afin de m'assurer d'avoir les fesses à Loréline bien droite pour cette vague... 

Et lorsqu'elle développe toute son énergie, elle nous transporte comme si nous n'existions pas....  Il y a tellement de bouillon que la vibration que la barre faisant est réduite à néant!  Et nous voilà parti pour un surf, la vitesse augmentait, Loréline ne pesait plus une livre...

Nous avons atteint une vitesse maximale de 11.5 nœuds sur une vague...   Je ne crois pas avoir vu plus grand que 4m cette journée-là.

Dans seulement 30, peut-être 35 nœuds de vent.  C'est assez difficile à croire...  En général, nous avons une vitesse moyenne de 5 nœuds.  Mais la journée qu'on le vit...  On remet les choses en perspective.  C'est vraiment possible et les conditions n'étaient pas si extrêmes que ça.

La journée s'est continuée tranquillement.  Le vent devait diminuer avec une possibilité de tourner à l'ouest. 

Effectivement, le soir même le vent venait de l'ouest.  J'ai dû gonfler la grand-voile lorsqu'il était rendu trop faible pour avoir une vitesse convenable.  Quelle est une vitesse convenable, après tout ça, je ne suis plus sûr...  Grand-voile avec 3 ris...  le vent diminue encore...  je largue un ris, il en reste deux de pris...  Le vent nous a presque finalement fait défaut...  Mais psychologiquement, j'avais besoin de garder le dernier ris en place.  Je voulais dormir un peu, il me faisait un coussin de sécurité si jamais le vent augmentait  rapidement.

J'avais essayé de dormir dehors...  J'ai été incapable.  Je devais rentrer à l'intérieur dans mon lit douillet.  Toujours avec un œil d'ouvert, un nerf sensitif en permanence connecté sur Loréline...

Je me suis réveillé mardi matin,  juste avant qu'un gros nuage s'abatte sur nous...

La première chose que je fais en me levant, je vérifie si je dois faire quelque chose avec soit la voilure, le cap ou simplement donner des tapes sur les fesses de Loréline...  Ensuite, je peux prendre un café ou manger quelque chose.

Mardi en me levant, la vitesse était de 3.0 nœuds.  Je me préparais à larguer le dernier ris pour avoir une vitesse convenable.  Je sors dehors.  Le nuage ne semblait pas trop dense...  Mais bon... que faire, je reste conservateur ou je me dis que de toute façon je devrai manœuvrer...  Et bien, j'ai décidé de larguer ce ris.  Et par la suite, j'ai passé deux heures à prendre des ris...  et larguer des ris...  vent instable... mer instable...  temps incertain...  trop de toile...  pas assez...  trop de dérive...  j'en voyais plus le bout!  Jusqu'à qu'il y ait un vrai bel éclairci à l'ouest.  Le soleil semblait se lever du mauvais côté.  À l'est gros nuage noir!  Gros ciel bleu à l'ouest!  Je ne sais pas pourquoi j'étais un peu insécure du temps qui s'en venait. 

Dans le doute...  mieux vaut rester sur son doute que de penser savoir quelque chose que tu ne sais pas...

Il y a 3 albatros sur ma route, qui me suivent...   je ne me souviens plus si je vous l'ai dit...

Deux ont l'air vraiment jeune, plus petit, le ventre blanc.  À moins que je me trompe.  Il ressemble vraiment beaucoup à des albatros.  Leur visage, leurs courbures, leur physionomie...  Ils sont juste plus petit, je dirais des jeunes de l'année peut-être...  L'un deux a les ailes plus gris et le dos plus noir...  L'autre a des taches blanche sur les ailes, lui je le vois moins souvent, j'ai remarqué ses taches ce matin!

Le troisième, c'est un vieux sage!   Il est foncé de partout...  Et vraiment plus gros!  C'est peut-être un père de famille que Loréline a ramassé à l'île de Trinidad avec ses deux enfants...  J'espère que maman ne les attends pas pour souper, elle doit être inquiète...

Mais eux ils s'amusent en tout temps!  Toujours sur leurs ailes...  Infatigables...  Ils rasent les vagues, peu importe leur grosseur, leur force...  le vent...  des acrobates des mers...  parfois ils viennent s'amuser avec les turbulences des ailes de Loréline...



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