Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

4 juillet 2013

Dans un anticyclone...

Dans un anticyclone...

Et oui, Lorsque je suis parti du Brésil.  Je me suis fait conseiller par deux vieux loups de mer la route à suivre qui était évidente et nécessaire.  Descendre au sud au plus vite pour rejoindre les 40e où normalement les vents d'ouest prédominent.  J'ai donc suivi cette route, du moins jusqu'à l'île de Trinidade.  Je n'avais d'ailleurs aucun choix.  Les vents du sud-est me portaient vers la côte brésilienne.  J'ai dû tirer des bords pour me rendre à l'île où je voulais faire mes vérifications.  Chose faite, non sans difficulté...

L'ancrage inconfortable m'obligeait à lever l'ancre le soir même.  Je faisais cap vers le sud en mangeant des crêpes.  J'étais aux oiseaux.  Malgré que les premières journées, je trouvais quelque chose de curieux.  Normalement Loréline est vraiment bonne avec les oiseaux, elle aurait en décrocher de cette île pour qu'il nous suive, c'est un nid à oiseau!  Ils se font des nids partout dans les falaises, trop beau à voir!  En tournant autour du l'île durant les journées où j'attendais la possibilité de m'y ancrer, il y avait des oiseaux par centaine qui s'amusaient avec le vent autour de nous.  Mais là, pas un seul avait décroché de son nid pour s'amuser avec Loréline et ses turbulences, pas un!  Peu importe, il y en aura sûrement un, un bon moment donné!  La descente vers le sud avait bien débuté.  Finalement il y avait plus baleine pour nous saluer que de moineau!

Arrivons-en aux faits, nous descendions la planète...  Je prenais mes fichiers grib assez régulièrement.  Et j'étudiais les déplacements des masses d'air dans cet hémisphère que je commençais à peine à découvrir.  Des anticyclones (zone de haute pression), et des dépressions (zone de basse pression).  Ces deux phénomènes passent de l'ouest vers l'est plus ou moins tranquillement plus ou moins régulièrement.  Mais on voit clairement que les anticyclones tendent à rester en place jusqu'à ce qu'une dépression vienne les déloger, ou bien parfois il faut plus d'une dépression.  Car les dépressions ont tendance à se trouver un peu plus au sud.  Ces phénomènes ressemblent à de gros ballons souple qui se frottent et se déforme les uns sur le autres.  Les dépressions sont plus robustes, plus raide ne se laisse pas bousculer par les anticyclones qui eux, se laisse déformer et entraîner par les dépressions. 

Donc, je suis en train de réaliser que cette prétendue  zone plus ou moins stable d'anticyclone est plutôt mouvante...

Toute une découverte!  Je commençais à trouver que mon obstiné cap vers le sud commence à faire un peu moins de sens que depuis le début...  Par contre le courant qui vient du sud, lui...  je ne le connais pas encore vraiment.  Les cartes lui donnent une moyenne de 0.5 à 1 nœuds...  Mais quand est-il vraiment, malheureusement je le saurai en le sachant!  Une fois rendu dedans.  Donc je dois me garder une petite gêne.  Il faut que je me rappelle ce contre-courant en partant du Brésil.  Celui qui allait vers le nord.  Il était écrit 1.0 nœud.  Pourquoi est-ce que j'ai frappé des endroits avec 3.5 nœuds...  Il faut se méfier parfois de ce qui est écrit...

Je me suis donc fait un autre point à rejoindre qui me fera sauver du millage, du moins sur papier.  Parce que sur l'eau c'est une autre affaire!  Comme je vous soulignais, je l'ai appelé NouSud.  Il se situe au croisement du méridien de Greenwich et le 40e parallèle sud.  Mon cap peut maintenant avoir plus d'allure, cap à 132 degré vrai, donc environ 160 sur le compas, à cause non seulement de la déviation magnétique, mais aussi le courant... 

J'avançais bien.  Lorsque j'aperçu cet anticyclone apparaître de l'ouest et venir sur ma route.

Par chance, si j'avais gardé mon cap à 180, je serais dedans depuis quelques jours déjà, à hisser mon spi pour essayer d'avoir une vitesse...  essayer d'avancer...  Mais là je suis pris avec un autre problème...  J'avance toujours mais je commence à faire cap vers l'est un peu trop à mon goût, même que je commence à faire du nord un peu, je suis au près du vent le plus que je peux.  En plus de la mer qui se lève tranquillement.  En progressant, je prends parfois un ris, parfois je le largue....  J'en ai pris jusqu'à 3...  Mon yankee est hissé ça fait 24 heures, depuis que le mauvais temps est pris et que je suis au près.  La mer s'est gonflé jusqu'à deux mètres, parfois il y en a une de 3 m qui surgit, celle-là ballait le pont au complet en oubliant aucun morceau de cette chère Loréline! Et parfois de son capitaine aussi... 

J'avoue que je ne me suis pas habillé beaucoup de puis mon départ.  Le linge salé ça ne sèche pas.  Il faut encore trop chaud aussi, j'économise des brassées de lavage, malgré qu'ici il n'y a pas de machine, donc pas de lavage possible, alors j'essaie d'économiser du linge, je n'ai pas deux cents paires de bobettes pour l'occasion.  Et mon eau douce est compté, à peu près tout de même, mais je ne dois pas dépasser la limite, je n'ai que quelques litres par jours, pas de lavage possible.  Tandis que de la peau, ça s'essuie bien!

 

Mais depuis quelques jours, je dois m'habiller un peu la nuit et parfois même me mettre des souliers merci Chaco! Trop confortable! Et de bas  mais lorsque je vais faire des manœuvres sur le pont...  Sacrament des fesses!  La vague nous arrose sans qu'on le sache d'avance...  je ne suis pas prêt encore à trop m'habiller, transpirer c'est pire que pire!  Alors, cette nuit je me suis déshabillé pour aller prendre mon ris!  Je riais dans ma barbe...  Elle commence à être longue d'ailleurs, je résiste à la tailler juste pour le fun voir.  J'ai de la misère à m'habituer mais bon... 

Il ne faut pas s'imaginer que...  Ah!!  Les fichiers météo disent 20 nœuds de vent du sud-est par exemple...  que ça va être 20 nœuds du sud-est toute la nuit...  comme les fichiers disent...  Non, non...  le vent varie régulièrement...  c'est bien dit! 

Comme un jour je me disais, je trouverai ma stabilité dans  mon instabilité...  du point de vue figurer mais aussi du point de vue physique je crois!  Monte une vague, descend une vague... ainsi l'équilibre est créé! 

Et je vous jure qu'au près du vent pendant des jours...  Je ne suis pas sûr qui a grand monde qui aurait pas le mal de mer!  Je touche du bois...  Ce n'est pas la belle vie à se prélasser au soleil, ça c'est sûr!  Mais la mer reste la mer, elle est toujours aussi belle et intrigante!  La vaisselle est plus difficile à faire par contre.  Du côté tribord amure, je ne peux pas utiliser les éviers lorsqu'on est trop gîter. 

Mais bon, toujours en est-il que dans mon cas actuel!  Je découvre une autre partie des océans.  Et me voilà devant un superbe anticyclone que je ne veux pas aller dans son centre, sinon je n'aurai pas de vent!  Quel signe que j'ai eu de changer ma route pour l'éviter sans le savoir.  Mais maintenant, je reste pris avec elle.  Elle est présentement à mon sud-ouest.  Et c'est elle qui décide ce qu'elle fait.  Tout dépendant aussi des dépressions qui viennent la chatouiller par le sud.  Elle change d'idée tous les jours.  Elle devait franchement me couper le chemin sans aucun autre commentaire. La voilà maintenant qu'elle patiente un peu et tend vouloir monter légèrement au nord...  Que va-t-elle faire?  Et moi qu'est-ce que je fais?

J'ai tenu bon toute la nuit du 3 juillet avec un cap vers l'est, j'essayais de fuir  ce tourbillon d'air en espérant que son centre me passe au-dessus.  Mais je ne veux pas trop faire d'est.  Alors j'ai donc tiré un bord ce matin vers le sud plus ou moins, un cap de 210 environ, en espérant que les fichiers météo aient raisons et qu'elle me passe plus au nord.  Mais je ne crois pas avoir le temps de descendre assez au sud...  Je me croise les doigts!

Ce cap ne m'avance pas vraiment par contre...

Vaut mieux peut-être parfois faire un pas par en arrière...  que d'avancer toujours la tête baissée...

Voici un de ces couché de soleil...  en espérant qu'elle se soit rendue



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Imprimé le : 24 novembre 2017