Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

2 juillet 2013

La prise de possession de l'île... N'a pas eu lieu!

La prise de possession de l'île... N'a pas eu lieu!

En arrivant au lieu de l'ancrage, je me suis rendu compte que c'était identique au débarquement de Normandie.  Avoir voulu débarquer sur la plage, l'anéantissement de l'annexe aurait été presque assurer. 

Sans farce, c'est vendredi matin que je me suis rendu dans la baie pour la 4e fois afin d'étudier la possibilité d'ancrer momentanément afin d'effectuer les vérifications nécessaires à mon gréement.  Jeudi je m'y suis rendu le matin et aussi l'après-midi, le vent avait considérablement diminué alors je me suis dit, on sait jamais.  Mais je suis arrivé un peu trop tard, à la brunante, il n'y avait presque plus de vent.  Je me suis rendu très près de l'emplacement mais j'ai reviré de bord par mesure de sécurité, je préfère voir un peu où je m'ancre.

Donc vendredi, je me rendais en me disant, si je ne m'ancre pas à ce moment-ci, je ne m'ancrerai pas!  Par chance les conditions étaient parfaites.  Je me suis approché en douceur.  J'étudiais tranquillement les récifs, j'avais mémorisé la carte dans ma tête et je les voyais au fur et à mesure que j'avançais plus creux dans la baie.  C'est une fois rendu environ à 60 pieds d,eau que j'ai commencé à réaliser quel genre d'endroit c'était.  Un vrai goulot d'étranglement.  Mais là, lorsque j'étais à l'intérieur je voyais ce que j'entrevoyais de loin.  À l'extérieur, il n'y avait pas de vent ou presque, il n'y avait pas de mer...  Mais une fois près de la berge, la vérité nous sautait aux yeux!  C'était un véritable carnage de la mer sur les cailloux, ces falaises hautes de 200m ne bronchaient pas, mais la mer s'apitoyait sur elles...  et sur la plage aussi, cette pauvre petite plage qui aurait bien voulu que quelqu'un y foule son sable...  Mais c'était impensable...  La scène était monstre.

Toute la mer qui rentrait dans ce goulot d'étranglement se laissait soulever par sa quantité mais aussi par le fond qui remontait bien sûr...

Alors en m'approchant j'analysais la distance raisonnable avec la plage à garder, car à une certaine distance la mer commence à vouloir déferler, il ne faut pas s'approcher de cette ligne.  J'essayais un bateau se faire entraîner par cette mer, il se faisait broyer, c'en était fini pour sa carcasse.  Et5 moi j'ai eu ma dose d'échouage, j'essaie d'arrêter.

Finalement, j'ai jugé prudent de m'ancrer avec une profondeur de 50 pieds, c'est beaucoup.  J'ai donc donné toute la chaîne et presque tout le câblot, 170 pieds environ.  Et là le plaisir commençait.  Commencer par écrire mon point gps, le regarder régulièrement, ça donne une idée si je chasse.  Et regarder autour aussi les rochers me faires des points que je regardais régulièrement pour savoir si je bougeais.  Au début c'était bien, je tirais sur mon ancre, il n'a pas l'habitude de chasser, dans le sable elle tient bien.  Mais je me suis rendu compte que la mer se soulevait de 2m parfois alors je vérifiais tout de même régulièrement mon ancre et mes repères.  Entre deux petits boulots, j'avais un œil sur ma sécurité, ce n'était pas très productif.  Ce qui était le plus productif, c'était de pouvoir repartir de toute manière. 

Je voulais grimper au mât.  C'était la principale raison pour laquelle j'étais à cet endroit.  J'attendais quelques heures afin de m'assurer de l'installation.  Finalement le vent s'est levé, mais pas celui du Nord, celui de l'Est j'imagine.  J'étais entre 3 murs, je ne pouvais savoir sa direction réelle.  Je ne me sentais pas très en sécurité finalement.  En plus avec les images de cette mer qui déferle dangereusement sur la plage et sur tous ces récifs et murailles...  Un vrai film d'horreur.  Plus la journée avançait et moins j'avais envie de passer la nuit ici.  Il fallait que les vérifications se fassent avant par contre.

Je me suis décidé enfin à grimper.  J'ai arrêté à la moitié du mât, l'endroit où je voulais aller d'ailleurs.  C'était assez.   Lorsque la vague de 2m arrivait, j'étais mieux de me tenir parce que la pendule y allait pour une grosse minute.  Le temps en haut m'a paru une éternité, de la difficulté à travailler avec les outils dans les mains, fallait que je me tienne.  L'enfer!  Vive l'ancrage!  J'étais ben mieux au large tant qu'à ça.  J'ai tout de même terminé ce que je voulais faire et je suis redescendu. 

Il me restait quand même quelques petites choses à faire, tant qu'à y être, transvider un peu d'eau, de l'alcool pour mon brûleur...  Et là, la vague qui m'a convaincu de pas rester dormir est arrivé.  Pas compliquer, Loréline s'est retrouvé cul par-dessus tête d'un coup ou presque, j'étais sûr que l'ancre s'était décroché.  J'ai démarré le moteur et je suis allé voir.  Loréline tirait sur son ancre par en avant.  Elle tirait et ne tirait pas des fois.  J'ai même pensé qu'un corail avait coupé le câblot.  Je remonté un peu le tout... mais non tout avait l'air beau.  C'était bien évident que je n'allais pas dormir ici, et si je dormais, il y avait des chances pour que je ramasse dans les roches.  La décision venait d'elle-même.  Je serai bien mieux en mer! 

Comme depuis le début de la journée, je terminais ce que j'avais entrepris sans empressement.  Le vent du Nord s'est levé finalement vers 15h peut-être.  Mais moi, j'étais déjà au large dans ma tête.  J'ai levé l'ancre avant que le soleil ne tombe complètement, il restait juste assez de lumière pour bien faire les choses et voir où on s'en va.

J'ai levé les voiles, le vent était faible, mais bon.  La mer tranquille.  Nous avancions.  Nous avions quitté ce havre espéré si longuement. 

Je laissais la plage aux brésiliens finalement!

Samedi 3e journée de pêche, je n'ai pas sorti mon arme secrète...

Ça pas mordu!  2-0 pour l'arme secrète...

J'ai vu une baleine bleue cette journée -là!!  Pas longtemps, je l'ai entendu prendre son air, je me suis reviré de bord...  j'ai vu son deux minutes plus tard... et elle n'a pas refait surface dans les parages.

Dimanche matin, premier dauphin depuis mon départ du Brésil.  Même chose, j'étais à l'intérieur, je l'ai entendu à travers la coque.   Je suis sorti dehors, je l'ai cherché...  je ne voyais rien, il faisait encore sombre, le soleil se pointait à peine à l'horizon...  Au bout de cinq minutes, je l'ai vu, il semblait en avoir qu'un...  il nous tournait le dos.  Il devait s'emmerder, nous n'allions pas assez vite, environ 1 nœuds...  pauvre petit, il devait se dire cette baleine-là m'a l'air fatigué...  on va la laissé tranquille!

Par la suite, le vent avait l'air aussi fou que nous autre avec notre vitesse.  D'un coup, notre cap a changé pour faire du nord, nous étions au près!  Rien à comprendre!  Le temps de reprendre un cap qui avait du sens, le vent à retourner au sud, direct sur notre cap voulu.  On a tiré quelque bord, notre dérive était trop forte, notre vitesse pas assez grande, je cherchais la meilleure allure possible pour faire le plus de sud possible.  Finalement, le nuage noir est tombé sur nous.  Enfin un peu de pluie!  J'ai sorti to9ut le gréement de récupération de pluie, mes quelques bobettes à laver...  Mais non,   ce gros nuage qui semblait vouloir nous faire peur n'était qu'une grosse boule duveteuse de haute pression toute douce qui n'avait que quelques gouttes d'eau pour nous, juste pour rincer la peau un peu...  Merci quand même de ta bonne volonté.  Aujourd'hui, nous ne ferons pas beaucoup de millage, comme hier.  Mais c'est comme ça la navigation.  Il faut prendre ce qu'il y a comme météo. 

Franchement, je voulais rester à l'ancre pour la fin de semaine.  Mais dans ces conditions, au moins on avance un peu!

Rester positif!  J'aurais sorti le spi.   Le faire aérer un peu, mieux le connaitre, apprendre à bien l'affaler.  Je commence à être bon je crois.

Il faut prendre ces journées là comme des moments de paix...

Bon, quelle autre voile qui me reste à sortir là!  Ma voile de route?  Mon yankee, non, je l'ai sorti...  et solidement à part de ça!  Je commence à comprendre des choses.  Je l'ai définitivement adopté comme voile de route.  Un enrouleur, le mot le dit, c'est bon pour enrouler, pas pour dérouler...  ou pour les sorties du dimanche!  Je l'ai sorti on était dimanche...



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