Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

21 juin 2013

Drôle de poisson?!

Drôle de poisson?!

Mais non, c'est pas un poisson, c'est LA PIÈCE!  Celle qui m'a coûté un mât et un tendon déjà!  Nous l'avions refaite, superbe pièce taillée dans de l'acier inoxydable 316, dans une barre pleine d'un peu plus d'un pouce.  Nous l'avions fait sur mesure sur un tour au millième près.  Le travail nous avait pris des heures.  Et moi, je suis allé mettre des écrous qui bloquent supposément.  Il me semble que j'avais déjà réalisé de ne pas toujours suivre les indications du fabriquant, sauf si c'est pour rester à la maison!  Mais cette fois-ci, ça m'a sorti de la tête.  Je me suis dit, des écrous qui barrent, ça va être ben mieux que mes doubles écrous que j'avais avant, qu'il y a toujours eu d'ailleurs!

C'était mercredi, je discutais que depuis quelques jours, je commençais à avoir envie de monter au mât pour vérifier si les rivets se portaient bien et que la réparation était impeccable.  Je me disais, la journée que la mer sera tranquille je monte au mât avant de rentrer dans la grosse mer du sud, me semble que c'est le minimum.  La journée passait, j'avais encore quelques petits travaux à faire.  En fin d'après-midi, j'avais mis vraiment très proche mon harnais d'escalade.  À 16h, heure du brésil, je sens la chose, la mer est calme, le bateau se comporte bien, c'est maintenant ou jamais.  J'enfile un short, parce que nu dans un harnais je ne suis pas sûr encore!  Et je monte!

J'aurais pu voir la chose d'en bas.  En fait je regardais régulièrement.  Mais cette journée-là, il y avait quelque chose de différent.  J'avais sorti mon tourmentin sur mon étai largable juste pour essayer le tout.  J'avais donc beaucoup de toile de sorti, le mât se faisait pomper pas mal! 

Arrivé à la moitié du mât, les écrous étaient presque totalement dévissés, du côté sous le vent il ne restait que deux filets dans l'écrou et l'axe sortait tranquillement du côté au vent.  Normal, c'est de ce côté-là que la force se trouve.  La scène n'était pas belle du tout, l'axe commençait à me ressembler, elle avait la gueule croche pas mal.

Rapidement descendu dans le cockpit, je soulageais le mât au maximum, avec une allure grand largue, la grand-voile avait déjà deux ris choquer au maximum et j'ai enroulé presqu'au complet le génois.  La première opération fut de resserrer les écrous, remettre à sa place l'axe du même coup.  Ensuite, je devais réfléchir et vite.  Le mât tenait par la peau des dents.  Mon premier réflexe fut de faire route vers la ville la plus proche, Salvadore.  Mon cap était déjà excellent.  J'allais prendre la semaine pour me rendre à cette vitesse, 400 miles à 3 nœuds...  c'est long!  Mais j'aime mieux faire long que de tout cassé.  Alors, je commence à faire mon homme, réfléchir par moi-même.  Au départ de Québec, un peu plus et je voulais partir avec deux de ces axes.  Mais nous avions tellement confiance au produit.  Et d'un coup j'allume!  Ma tête de mât, j'avais dû grossir l'axe!  La même grosseur que ce que j'ai besoin présentement et je sais exactement elle est où!  Alors je sors le restant d'axe, il me reste deux pieds et les écrous de surplus que j'avais.  Exact!  C'est ce qu'il me fallait.

Et là, je me dis que c'est mieux si je le fais tout de suite.  On ne sait jamais quand est-ce que l'axe va se décider à casser.  Et du même coup, je perds un temps fou pour faire l'aller-retour sur la terre, un gros 10-15 jours.  En plus, Il y a le même courant qui monte au nord, je vais avoir toute la misère du monde pour en sortir...   Faut que je change l'axe ce soir.  C'était mercredi.

Il y avait un petit vent.  Sans voile, on avançait à 1.5 nœuds.  En premier, j'ai monté des petits haubans en corde pour me sécuriser le mât pendant que j'enlève les bas-hauban.   Je dévisse alors presque complètement les ridoirs.  Le mât était un peu mou à mon goût.  J'ai placé mon étai largable au vent et sa drisse bien tendue sous le vent en plus.  Je suis monté avec tout ce qu'il fallait.  J'ai attaché les haubans avec des cordes.  J'ai enlevé l'axe.  Petite job facile où j'ai dû sortir le marteau finalement, l'axe était tordu.  J'avais prévu le coup!  Un vrai charpentier. 

J'ai remis le nouvel axe, les haubans, les écrous avec des double écrous cette fois-ci!

Vers 22h j'avais terminé le travail.  L'ajustement des ridoirs inclus.  J'ai levé les voiles légèrement, grand-voile 2 ris avec un génois enroulé une dizaine de tour environ.  Je ne sais pas pourquoi mais j'avais envie de dormir.  Bizarrement, j'avais un léger doute sur l'installation.  J'ai repris mon cap vers le sud.  J'avais décidé d'arrêter à l'île de Trinidad qui se situe directement sur mon chemin.  J'ai une légère envie de faire des vérifications plus poussées. 

Le temps que je décompresse un peu, j'étais assis dans le cockpit.  La lune était au rendez-vous.  Elle se vaudrait dans un paquet de nuages.  C'était de toute beauté.  Elle se situait à l'ouest.  Et lorsque j'ai détourné le regard vers l'est...  Les nuages noirs...  Le coup de vent qui s'en venait...

Et quelque chose que je n'avais jamais vu, un demi-cercle, comme un arc-en-ciel mais blanc...  de lumière blanche...  là-bas, il pleuvait et ce mauvais-temps s'en venait rapidement.  En 15 minutes le vent soufflait...  Et pareil comme cheval qui part au galop Loréline fut de même à travers les vagues...  De toute beauté...  Je serais allé me coucher par contre, mais je devais regarder la réaction du mât.   La pluie commençait à tomber en même temps que j'examinais la forme du mât.  La forme parfaite!  La pluie excellente, je pouvais me rincer un peu!  C'était assez incroyable de voir que le ciel m'avait servi une force de vent ajuster à la voilure que j'avais hissé...

J'ai pu me mettre au lit une demi-heure plus tard.  Je n'ai pas beaucoup dormi par contre, les grains ont fait rage toute la nuit.  Un œil toujours ouvert, les oreilles à l'écoute...

Jeudi, j'ai tiré un bord afin de vérifier l'ajustement des haubans tribord amure.  Tout à l'air beau!  Je fais tout de même un arrêt si possible quelque jour à l'ancre sous le vent de l'île Trinidad.  Ce serait nécessaire pour ma part de faire le tour d'un peu tout avant d'aller dans la grosse mer.

De ce temps-là, j'ai peur de mettre ma ligne à pêche à l'eau, d'un coup que je prendrais un thon, c'est parce qu'à un moment donné t'as thon voyage!  Depuis samedi passé que j'en mange, il m'en reste encore pour quelques jours encore.  Malgré toutes les variations de thon que j'ai essayé, le meilleur c'est le sandwich au thon salé, t'as pas besoin de rajouté de sel!



« Retour

Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales
2591, boulevard du Versant Nord
Québec, Québec, Canada
G1V 1A3
Téléphone : 418 928-8378
Courriel :

Imprimé le : 20 août 2017