Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

3 juin 2013

Toutes les raisons sont bonnes...

Se mettre à la place des autres...

Cette journée-là, j'avais besoin d'aller chercher des batteries pour remplacer les miennes.  Une personne ordinaire aurait dit je vais prendre le taxi...  C'est un moyen facile et efficace!  On ne peut pas se tromper!  C'est bien beau, mais se mettre à la place de quelqu'un avec à peu près pas de ressource...  faut le faire!  Bien sûr je veux brûler le moins de carburant possible aussi...  je n'ai pas de moyens financiers extraordinaires non plus...  Mais comprendre ce que vivent les autres est essentiel.

J'avais tout de même un chariot en aluminium déjà à moitié détruit par la dernière charge que je lui avais laissé supporter en arrivant de Québec.  Deux batteries à transporter jusqu'à Joao Pessoa en vélo, je croyais que c'était trop!  Le choix n'était pas facile à faire.  J'ai décidé que j'essaierais le chariot pour transporter les batteries.  Je me suis donc levé très tôt afin de sortir les batteries de leur trou!  Dans une voiture c'est facile.  Mais dans un bateau, tout est plus compliqué...  Il faut sortir sa patience en premier! 

Une fois les batteries rendues sur le ponton, je les ai mises sur le chariot...  Oups, un peu douteux...  j'étais maintenant loin d'être sûr que j'allais faire le chemin jusqu'au train et ensuite jusqu'au marchand de cette façon.  J'ai commencé par lui changer son roulement à billes par un en plastique fait artisanal...  Son roulement avait fait fondre la roue...  ensuite je devais réfléchir...  je fais juste ça réfléchir...   le taxi...  ou simplement les mains, une batterie dans chaque main...   le taxi...  toujours de l'argent...  toujours du carburant... pas moyen de faire autrement...  une batterie dans chaque main...  assez pesante, je ne sais pas si je vais être capable longtemps...  maudit questionnement...  pourquoi je me donne de la misère...  j'ai entendu Nycole, ma deuxième mère du Québec...  je ne sais pas si elle peut me comprendre ou bien si elle me comprendra un jour...  et ma marraine Solange la même chose me dire...  pourquoi tu ne fais pas comme tout le monde?!

Parce que je ne suis pas tout le monde! Voilà tout!  Alors je discutais avec cet homme Irish.  Celui avec qui je dois faire attention, parce qu'une bière pour lui veut dire passer la soirée à discuter et je me prends les pieds dans le ciment...  Il a toujours des histoires incroyables...  You know my friend, the other night I went to a restaurante, and there was two so much nice chicks...  Finalement, il y a toujours de superbes femmes un peu partout où il va...  au moins il me fait rire, il n'est pas capable de prendre la vie au sérieux!  Au moins avec lu,i je me diverti!

Bref, j'ai eu l'idée d'en mettre une sur mon dos, je parle d'une batterie...  dans mon sac à dos et l'autre sur le chariot!!  Quelle idée ingénieuse!  Maudit fou va!  Après mon départ, il n'a pas fallu 10 minutes pour que je rende compte que la charge sur mon dos n'était pas bien placée, il m'aurait fallu un sac exactement de la bonne dimension pour avoir la batterie sur les hanches.  Je n'avais d'autre choix que de continuer avec les deux batteries sur le chariot...  Misère...  Il était tout tordu celui-là et j'empirais la situation...  et le temps passait, les roues tournaient...  les pneus à moitié écraser.  Et je devais maintenant faire le boulot en pleine chaleur.

Imaginez-vous quelqu'un sans moyen financier qui doit gagner sa vie avec ce qu'il a...  à la grosse chaleur...  Pendant ce temps, les vidanges qu'il met à sa porte ne sont même pas ramassées par ceux qui devraient le faire...  comment vous sentiriez vous??  Et lorsqu'il y a des inondations, les vidanges qui flottent...  excusez-moi de toujours trop penser à ce que peuvent vivre les autres...

Finalement, je suis arrivé presque deux heures plus tard aux marchands de batteries.  Parce qu'avec tout ça j'ai manqué le train de huit heures, donc j'ai attendu le suivant presque une heure de temps...  J'avoue que parfois j'ai envie de sacrer.  Mais d'autre fois, je regarde les gens vivre pendant le temps que je perds, alors je ne perds pas de temps.  J'étudie la situation des gens que je vois.  J'ai le temps de partager un peu avec eux malgré la barrière de la langue.  L'autre jour, j'ai aidé un jeune à descendre le mur pour aller uriner.  Je lui ai fait descendre la muraille de ciment par les bras.  Il n'y a pas de toilette à la station alors il faut ce qu'il faut.  Et j'ai discuté avec un monsieur.  Il y avait des Urubus quitte à!  Ils s'amusaient à planer près de la gare de train.  Il y en a un qui est passé très près de nous.  Le monsieur  a alors prononcé Uroubou ou quelque chose comme ça.  Mais passablement comme en français...  les mots se ressemblent assez souvent!  J'ai compris alors que je ne me trompais pas de race d'oiseau.

 

Tout ça pour dire que je suis parvenu tant bien que mal au marchand de batteries.  Il riait de moi avec mon chariot en aluminium, j'étais en sueur...  Il n'avait même pas les batteries sur place...  Alors j'ai dû attendre que la batterie s'en vienne...  Parce que vous croyez que j'allais revenir avec les deux cette fois-ci...  Wo minute, poisson, mais pas baleine, en route, j'avais décidé de faire deux voyages, ce que j'aurais dû faire dès le départ...

Ma théorie est bien simple.  Chez nous, nous sommes habitués à utiliser nos moteurs, notre voiture, l'avion...  toute ces facilités brûlent du carburant...  ce dernier émet du CO2 qui lui réchauffe notre atmosphère à l'aide de l'effet de serre.  Sans compter tous les arbres que nous avons coupé qui sont en moins, qui eux devraient aider à fixer le CO2...  Certaines personnes dans le monde, les pays en voie de développement et les pays émergents nous suivent de très près.  Si tout le monde avait sa voiture, nous serions déjà cuits et encore plus pollués qu'à l'heure actuelle.  Alors, c'est bien beau nous nous proclamons supposément écologiste...  mais nous  roulons toujours avec nos voitures pour être productif...  Et, nous sommes capables de dire, mais maudit pourquoi, ils ne se développent pas!!  Qu'ils s'achètent des chars... 

La discussion pourrait être longue alors j'aime mieux arrêter ici.

Durant la semaine dernière, les travaux ont tout de même bien avancé.  Les voiles sont à leur place.  La nouvelle antenne, la lumière en tête de mât et le déflecteur radar ont été grimpés à leur endroit respectif.  J'avais appris l'année passée qu'il est dangereux de les installer avant que le mât soit en place...  J'ai eu le plaisir de peinturer les endroits que je devais faire en blanc!  Les dernières traces du démâtage ont ainsi disparu!!  J'ai aussi installé ma nouvelle antenne pour ma radio onde courte.  Mais malheureusement, celle-ci ne fonctionne pas encore.  Je crois que j'ai un petit problème de périphérique avec le modem.  De toute façon, il y a trop de mâts autour de moi, l'émission d'onde serait difficile, je crois, actuellement.  Mais avant de sortir de mon trou, je fais le plus de vérification possible.  Du même coup, j'ai refait les connexions potentiellement nuisibles.  Et les connexions de mes lumières de mâts et de l'antenne sont faites et elles fonctionnent.

Mais le plus beau dans tout ça, c'est que j'ai un lit depuis la semaine passée!  En enlevant les voiles, j'ai commencé à enlever les sacs et tous les objets qui juchaient sur...  un lit que je découvrais en dessous...  Avec tous ses coffres  en dessous, je pourrai commencer à revoir les oubliettes tranquillement.  J'ai commencé à faire le tri des cordages cisaillés par le démâtage...  il y a encore des bouts qui sont bons, peut-être qu'ils serviront un jour...

Ouf...  toute une liste finalement...  c'est comme un deuxième départ...  avec une autre vision des choses...  avec des rencontres de marins qui sont passées par où je désire aller...  apprendre à prendre encore plus le temps que je n'avais jamais fait... 

Je ne pense pas partir cette semaine, contrairement à ce que je m'étais fixé comme objectif.

Je ne suis pas encore sorti à voile pour régler et tester le mât.  Je dois faire un dernier lavage de mes couvertures, une dernière recette de fèves, finir mon inventaire, une dernière épicerie...

Ce matin je dois aller chercher ma deuxième batterie avec mon chariot...  On aime ça!!

J'ai pris l'habitude de me lever à 3h30, environ deux heures avant que le soleil se lève.  Il fait moins chaud et c'est plus facile de travailler.  Je me couche donc très tôt.  Au plus tard 19h, je me couche...  je crois que je commence à être vieux!

Mon cousin français m'a dit : L'avenir appartient à celui que ses employés ses lèvent tôt!

Je n'ai pas tout à fait compris je crois!  Mais bon, merci Jean-Claude!

Mais je continue à dire qu'il faut se mettre à la place des autres pour les comprendre...

Ne devrions-nous pas cesser ces guerres de clochers d'églises...

 

 



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