Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

21 novembre 2012

Petite réflexion s'impose...

Petite réflexion s'impose...

C'est samedi que j'ai reçu l'avis d'un ami médecin.  Il m'écrivait en me disant que je devais y voir tout de suite à mon doigt, sinon il serait très difficile de l'opérer plus tard...  Je sais que ça l'air fou un doigt par rapport à la face de certains de nos lutteurs québécois...  Par la suite, j'ai pris l'apéro avec un couple d'amis français qui navigue depuis peut-être une trentaine d'années.  Le mec il s'est blessé les doigts lorsqu'il était jeune et il n'a pas cru bon de faire une intervention.  Eh bien, aujourd'hui, il a un doigt un peu rabougri, qui ne lui sert presque plus à rien.  Effectivement, il a perdu beaucoup de force de cette main-là. 

Mon cerveau fonctionne dans ces cas, il faudrait peut-être que j'y voie.  Je suis parti sans assurance, pour diverses raisons.  J'imagine que je dois en scandaliser quelques-uns.  Mais il faut dire que les marins qui naviguent durant des années, ils n'en ont pas non plus.  C'est compliqué comme sujet de discussion et ce n'est pas le but ici.  Après mon accident où j'ai coupé mon tendon, je m'étais fait à l'idée d'avoir perdu la dernière phalange.  Mais après toutes ces discussions et interventions de l'extérieur...  je n'ai peut-être pas si envie que ça de perdre les facultés de mon petit doigt...

Alors la question est difficile à répondre parce qu'il y a d'autres facteurs aussi.  Dont la livraison de certaines pièces que je ferai venir du Québec parce que leur prix est exorbitant ici et aussi le manchon qu'un ami devrait être bon pour confectionner.  Mais le problème avec les douanes, c'est qu'il ne laisse à peu près rien passer d'importation sans les taxer parfois à 100%.  Comme toutes les pièces que les compagnies importent pour la revente.  C'est pourquoi les prix sont faramineux.  Mais normalement, selon la loi ils ne devraient pas taxer les pièces pour réparation.  Mais la corruption est très élevée semble-t-il.

Alors, j'ai sauté sur mon vélo hier matin.  Les jambes et le cœur voient déjà toute la différence du monde, ça paraît que j'ai trois semaines de vélo de fait!  Je commence à avancer comme du monde et les côtes je ne les sens presque plus!!  J'aime trop ça le vélo!  Le but était d'aller à un hôpital, le plus proche.  Afin de m'informer de l'opération pour le tendon.  Directement sur le bord de l'autoroute, la BR-230.  Celle qui conduit vers l'Amazonie directement, après environ selon les dire 4 500km de vélo.  Si j'avais un bon vélo...  et une tente...  j'irais m'amuser...  Une autre année...  pour l'instant faut que je me répare...

Arrivée à l'hôpital, maudite marde j'ai encore oublié d'apprendre oublié mon portugais.  Il me faudra quelques mois, je crois...  Alors avec toute la misère du monde...  Nao fractura...  Cut the tendon...  nao radiogra...  nao...  tendon cut...  un peu plus et je sors des gros mots...  je ne veux pas de radiographie, je n'ai pas de fracture, je sais j'ai coupé le tendon... je veux savoir le prix de l'opération...  je comprends que tout est gratuit ici, c'est un service public...  Mais je n'en reviens tellement pas, que je ne leur donne pas mes papiers tout de suite, j'attends d'avoir quelqu'un qui parle anglais pour être sûr...  je ne veux pas arriver avec une facture de choses inutiles... j'aurais payé la consultation, mais pas une radiographie...  Et eux avec leur incroyable, devant ce Nord-Américain qui poigne presque les nerfs par faute de compréhension.  J'étais simplement subjugué devant tant de complaisance et de maîtrise d'émotions de leur part, moi qui un peu plus partais en furie sur mon vélo...  Mais un médecin arriva et me dit :  Here it's public service, it's free for anybody...  Je lui répliquai, mais je suis canadien et je n'ai pas d'assurance, je veux juste savoir le prix pour mon doigt...  Il me redit d'un ton si calme...  Anyway, it's free for anybody...

Et moi, la première chose que je remarquai en entrant c'était l'achalandage de l'hôpital.  Bondé à craquer...  Il ne sert que pour les traumatismes sérieux.   Les traumas viennent de partout en province.  Il y a du monde dans tous les corridors, ils sont vraiment mal en point...  Moi j'ai juste un petit doigt qui n'est même pas une urgence comme leur plaie est ouverte...  Je ne suis clairement pas à la bonne place, mais eux, tout ce qu'ils veulent c'est m'aider et me soulager...

Alors je passe à l'enregistrement.  En deux minutes, je passe à l'examen.  Rapidement, il constate que mon tendon est sectionné.  Mais ici, ils ne m'opéreront pas.  Uniquement les gros cas de trauma...  Ils me donnent un numéro de téléphone d'un spécialiste de la main.  Ils me disent de l'appeler cette après-midi. 

Mais toujours je ne parle pas leur langue.  Alors, je décide d'aller voir mon ami prof à l'université, lui demander son avis et son aide aussi.   Arrivé à son bureau, il est là, quelle chance, je n'avais pas son numéro de téléphone avec moi.  Je m'informe de son futur trimaran.  Nous étions supposés travaillés un peu dessus dimanche, mais ça n'a pas eu lieu.  Peut-être demain.  Et je lui parle aussi de la possibilité de rentrer chez moi pour une opération, et de l'autre possibilité, me faire opérer ici.  Mais la dernière possibilité, pour lui, n'est pas une bonne option pour moi.  Je serais mieux chez moi.  S'il y a des complications, la qualité des services et tout le bordel...   Merde...  D'un moment à l'autre je change mon fusil d'épaule...

Bref, je rentre à la marina tranquillement.  En faisant un détour par la place des touristes à Joao Pessoa.  Juste sur le bord de la mer.  Je cherche une carte d'appel.  Ma dernière je l'avais prise à l'aéroport de Recife.  Depuis, j'ai fait le tour de la ville de Pessoa, sans n'en trouver nulle part.  Mais on m'a dit : où se trouve les touristes, il y en aura c'est sûr!!  Mais non, on y trouve seulement des téléphones pour appeler partout dans le monde, mais les coûts sont faits pour les  touristes...  que je ne suis pas!  Je reviens donc bredouille de ma chasse.

Une fois à la marina, je croise un autre couple qui navigue depuis très longtemps aussi.  Ils me disent que les soins au Brésil sont excellents quant à eux.  Mais les avis sont partagés, un autre navigateur croisé juste après dit de faire attention...

J'ai donc envoyé une dizaine de courriels afin d'avoir l'avis de certaines personnes susceptible d'allumer une lumière...  Et je crois qu'une réponse assez convenable pour la situation et la plus sage soit : qu'il y a peut-être une réponse différente pour chaque personne...

Et moi qui ai décidé de vivre dans un cadre complètement différent...  La décision est difficile à prendre...

C'est une photo d'une avenue principale à Joao Pessoa.  J'avoue que je l'ai prise à cause de la brouette!



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