Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

29 octobre 2012

Démâtage...

Démâtage...

Eh bien oui, le mât a cassé.  Le bris se situe au niveau des bas haubans, leur prise sur le mât.  Je ne comprends pas exactement.  J'avais passé au peigne fin toutes les pièces afin de m'assurer de leur fiabilité avant le départ.  Et je vérifiais à toutes les escales pour savoir si quelque chose avait bougé...  Mais parfois on n'y échappe pas!  Toujours chanceux que ça ne me soit pas arrivé durant une tempête... 

Il ventait 15 nœuds, je mangeais ma pomme de terre, j'en avais envie.  Après deux bouchées, vlang!  Tu le sais tout de suite que c'est le mât, le bateau décroche du vent et commence son roulement...  Bon Dieu, qu'est-ce que j'ai fait, ou bien je n'ai pas fait encore comme il faut...  De toute façon ce n'est pas le temps de se lamenter...  faut plutôt penser à essayer de sauver le plus d'équipement possible!  La nuit tombait...  juste le temps de voir tout le gréement dans l'eau rapidement il faisait noir...  Mais je continuais à bien voir cette nuit-là. 

Alors, je tirai sur bout de quelque chose pour voir ce qui viendrait en premier.  Décidément, ce fut un bout de mât qui venait en premier, la moitié.  J'ai dû défaire la bôme en premier...  Dans deux mètres de vagues, pas trop évident tout de même.  De ramper à genou... sur le pont encombré de tous les haubans et les cordages...  mais j'aurais pu être dans une tempête...  Alors une chose à la fois, tranquillement.  Le reste du mât ne cogne pas sur la coque et tout le reste est attaché au bateau soi par une drisse ou bien un hauban.  Alors pas de stress.  J'ai tout mon temps, il ne me reste que ça à faire dans ma vie...  Après la première partie du mât, j'ai terminé de rentrer la grande voile...  Ensuite, tout le reste tranquillement.  Rendu à la deuxième partie du mât, j'étais épuisé, j'ai essayé de dormir un peu, mais le bruit était infernal...  après quelques minutes je me suis décidé, je me suis dit je donne le coup...  et je vous jure que lorsque j'avais le mât dans les mains, j'ai pensé à tous mes chums et je me suis dit quand je vais leur raconter ça, je pourrai leur dire, que jamais ils n'auront donné un aussi grand coup de mât que moi...  à part peut-être Yves Gélinas, que je me demande comment ça s'est passé de son côté lui, dans une mer démentielle...

Je le répéterai toujours, j'ai été chanceux.  15 nœuds de vent et j'étais à peine à 30 miles de Recife avec un vent portant...  à quelques degrés près.  Au début, j'ai utilisé le moteur.  Après quelques heures, le fun a commencé...  Une vibration sous mes pieds...  un drôle de bruit.  J'étais à me dire, dis-moi pas que le shaft est désenligner en plus...  Me gréer d'un gréement de fortune, je me trouvais proche du bord, j'aurais peut-être eu le temps...  Mais finalement le moteur s'arrêta...  J'ai donc sorti mon annexe...  l'ai gonflé, sorti le moteur hors-bord...  en embarquant dans l'embarcation j'ai vu le shaft et l'hélice... il y avait un étai d'entortillé...  sacre bleu... est-ce que je peux faire quelque chose comme il faut...  j'ai donc plongé quelquefois...  tout ça dans de la mer de 2m...  l'annexe qui cogne sur la bateau, je ne pouvais pas la fixer trop serrée sinon tous les cordages auraient cassés.  J'ai plongé pour l'étai 4 ou 5 fois jusqu'à ce que je m'ouvre plus sérieusement le petit doigt sur l'hélice, ça coupe une hélice et un étai tout cassé, les brins coupent aussi...  alors ça fait des belles mains...  pour les requins...  quand ils nous disent qu'une goutte de sang attire les requins à des miles...  J'y ai pensé...  De toute façon, ma main gauche ne pouvait plus rien faire de sérieux.  Je suis donc remonté à bord et essayé ce que l'annexe pouvait me donner.  Wow!  Deux nœuds de vitesse!  Excellent.  Mais la mer a eu raison de ma petite embarcation et du moteur, l'eau passait par-dessus, alors il s'éteignait.  J'ai été obligé de me gréer de mon génois.  Je l'ai percé pour y mettre une autre écoute au bon endroit.  Avec les deux écoutes tendues sur l'arche en arrière.  La voile s'ouvrait assez pour que je sois manœuvrant, vitesse d'un nœud environ...  j'avançais...  j'approchais des bouées je n'avais vraiment plus le temps de faire mieux que ça.  J'ai réussi à garder la verte du bon côté.  Et ensuite, à passer le premier brise-lame.  Où il y avait moins de vague, alors j'ai redémarré le hors-bord...  mais décidément, il avait pris sa tasse, sans me le demander en plus.  Mais ses quelques tours d'hélice m'aidaient à contourner les dernières bouées.  Si le vent avait persisté j'aurais continué à voile, mais derrière ces murs, plus de vent...  la marée avait peut-être commencé à descendre en plus.

C'est alors que j'eus une apparition...  Un gros motor yacht avec deux moteurs de 150 forces en arrière!!  S'il arrête, je suis sauvé!  Il arrêta...  Merci de ce cadeau du ciel.  Mal pris, je me serais ancré juste à côté...  Mais avec un doigt de péter, le pont embourbé de tout ce que tu veux... la manœuvre aurait été encore toute une autre chanson, et relever l'ancre le lendemain avec tout ça.  Parce que là j'étais encore sur l'adrénaline, mais le lendemain, le doigt...  il va faire mal en sacrement des fesses! 

Alors j'ai réussi à avoir droit à ma petite bière fraîche en arrivant!



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