Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

8 octobre 2012

Les poissons volant fusent de partout

Les poissons volant fusent de partout

Depuis ce matin, les poissons volant fusent de partout! 

Je n'en avais pas vu beaucoup ces dernières semaines.  Peut-être que la zone de convergence n'est pas propice à ce genre de poissons?  Mais depuis que mes yeux sont ouverts ce matin, avant même que le soleil se lève, je voyais des bancs de 30 à 50 individus prendre leur envol!  De tous les côtés du bateau, ils fuyaient leur prédateur. 

La mer.  Elle semblait s'être calmée.  En nous présentant des vagues plus uniformes, plus allongées...  Ce fut très tôt le moment où elle nous montrait son vrai visage imprévisible.  Mon petit, la seconde que tu crois enfin avoir un moment de sérénité, ne t'appuie pas trop longtemps et ne t'assoupit pas trop profondément.  Car elle te guette, elle le sait quand elle peut te surprendre, elle!  Tu la sens peut-être, mais elle te sent beaucoup plus, d'avantage que toi.  Car elle, elle t'enveloppe au grand complet.  Ce n'est pas juste ses pieds qui te touchent, mais toute sa masse liquide pourvue de nerfs sensitifs.  Et dès que tu te reposes, que tu t'assoupie, elle le sent, elle le sait.

Alors, imaginez-vous, il faut être sur nos gardes 24h sur 24.  J'avais un peu trop veillé hier soir, afin de voir les chiffres des latitudes, tous à zéro!  Je les ai vus!  Et puis après...  Je n'ai pas fait une bonne nuit.  Les étoiles étaient trop belles!  L'envie de dormir n'y était pas du tout.  Je voulais veiller.  Veiller ce changement d'hémisphère.  Comme de jeunes mariés qui célèbrent leur nuit de noces!

La mer me l'a bien rappelé aujourd'hui.  À l'aide de trois coups de vent si on peut dire.  La dernière, comme à l'habitude, était plus intense.  Les deux premières, je les ai sentis.  La vitesse du bateau change, la gîte, et le cap.  Je regarde ce qui se passe, je ne sens pas le coup de vent sérieux venir, donc je ne bouge pas, mais je reste aux aguets, prêt à sauter dehors et faire ce qu'il faut.  Je suis à l'intérieur, car les vagues aspergent le cockpit sans arrêt.  Pour dire vrai, je suis toujours en tenu d'Adam.  Je n'aime pas nécessairement cette tenue, c'est seulement pratique.  Il fait vraiment trop chaud pour être habillé avec le gros vêtement imperméable.  Et si je porte de simples vêtements, je me fais mouiller à coup sûr dans la journée sinon deux fois par jour.  C'est un peu mal commode.  Le bateau rempli de vêtements à faire sécher.  L'eau salée ne sèche pas si facilement....  Un paquet de complications.  Tandis que nu, un coup de serviette et le tour est joué!  Que c'est bien fait de la peau!

Alors, durant toute la journée, Loréline essuie des coups durs de la mer.   Il faut se rappeler que nous sommes vent de travers, mais que nous avons la vague à monter!  Et elle, elle cogne parfois.  Les coups de vent en remettent par-dessus.  Alors des coups, Loréline en a mangé passablement aujourd'hui... ouch!  Lors du troisième coup de vent, j'étais étendu dans mon lit.  Je vous jure que le gars se lève comme une bombe dans ce temps-là.  Vite!  Faut que je prenne mon troisième ris.  La drisse prend dans les marches du mât, malgré les cordes que j'avais mises.  Maudite marde.  J'enroule donc le génois rapidement.  Ensuite, je fais face à la musique pour que la drisse se déprenne, ça prend deux secondes, je suis au mât, prise de ris.  Je reviens en arrière, ajuste les voiles.  Je regarde ça aller un peu.  Le coup de vent s'estompe rapidement.  Mais la mer, elle s'est gonflée depuis ce matin.  La vague fait maintenant trois mètres...  Je n'aurai jamais pensé naviguer face à une vague de cette hauteur un jour, et bien, je suis dedans.  Parfois elle déferle, parfois elle ne fait que passer en dessous...  parfois elle essaie de passer sur le côté...  Bang!  Et on continue...

Depuis les coups de vent, je reste conservateur sur la toile.  La vitesse de Loréline passe du coq à l'âne en quelques minutes, mais que voulez-vous...  Il faut que le matériel tienne, il faut que je reste conservateur...

Nous avançons donc vers Jacare.  Il reste présentement 300 miles nautiques.  Environ trois jours...  Je choisis cet endroit non seulement sa proximité, mais un ami connaît cet endroit, et les proprios de la marina sont français, devrait faciliter l'accès au pays.



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