Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

9 août 2012

2 300 miles devant l'étrave

2 300 miles devant l'étrave

Après 2 500 miles nautiques dans mes poches et 11 jours passés en Bretagne, j'ai 2 300 miles devant l'étrave pour rejoindre ma prochaine plantation d'arbres au Sénégal.  J'ai tout de même du retard sur l'horaire.  Mais bon, ce n'est pas une vraie course et je suis sûr d'arriver premier à celle-là, je suis le seul d'inscrit!  Je n'ai donc pas de stress sur les épaules, sauf celle de compléter le challenge. 

Après mon ravitaillement en eau avec l'aide d'un ami breton, nous étions prêts à partir vers 14 heures le mercredi 8 août.  Avec l'aide de mes amis à l'épaule de Loréline, nous l'avons poussé légèrement afin qu'elle sorte de son trou comme si elle savait quoi faire.  J'avoue ne pas avoir regardé les prévisions météo depuis que je m'étais convaincu que le départ se ferait aujourd'hui avec un vent d'est prévu quelques jours plus tôt.  Le vent était effectivement d'est le matin, mais il avait tourné à l'ouest sur les coups de midi.  Je me disais, basta, je tirerai des bords s'il le faut pour sortir de la rade...  J'avais seulement 15 miles à faire.  Qu'il est facile de devenir lâche, j'étais tenté par le diable à ce moment-là!  Mais le bateau du port m'avait suivi afin de me saluer à la sortie des bouées.  En me faisant la bise, Anthony de me rappeler : je n'entends pas ton moteur?  Ce n'était pas un défi sans...   D'ailleurs, il y avait déjà un petit voilier qui avait gonflé ses voiles juste à côté de nous.  Et définitivement, nous voyions qu'au loin la brise était faible, presque nulle.  Certains voiliers semblaient encalminés.  15 miles nautiques, ça prend  3heures normalement... mais avec un vent dans le nez et presque nul en plus...  la marée descendait encore durant trois heures... et ensuite quoi... je resterais pris dans le rade en attendant la prochaine marée...  Il faut que le cerveau réfléchisse vite et bien pour prendre une décision.  Mais en fait, ce n'était pas bien compliqué.  Je coupais le moteur tout de suite en sortant des bouées après avoir déroulé le génois.  La grande voile suivait aussi tôt que possible.  Il arrivera ce qu'il arrivera. Et si je prends deux jours pour sortir de la rade, je n'aurai qu'à m'ancrer dans une baie quelque part, voilà tout!  Et je découvrirai un autre endroit que je n'aurais pas pensé découvrir autrement.

Mais pourquoi ce vent d'ouest...  Peut-être un vent de mer!  De toute façon, j'étais mieux de partir tout de suite que d'attendre une journée de plus.  Pour arriver, il faut partir!  Parfois la vie est bien faite.  Ce souffle de vent m'a fait tirer quelques bords, probablement pour me réchauffer.  Après deux heures de navigation, j'avais progressé de 3 miles utiles.  C'était toujours mieux que d'être resté au quai?!  Pendant ce temps, j'avais eu le temps de tracer la route et de calculer le millage que j'avais à faire pour rejoindre Dakar.  2 300 miles nautiques, donc environ 23 jours devant moi.  Si le vent travaille pour moi un peu.  Après quelques incantations, le vent semblait vouloir tourner au nord tranquillement.  Et bien ça fonctionne!  Je faisais maintenant route vers le large sans louvoyer.  Finalement, nous avions le vent de travers avec  une vitesse folle de 3.5 nœuds.  Et ce courant de marée où était-il?  Nous ne l'avons pas senti lorsque nous sommes arrivés et pas plus aujourd'hui. 20

Il est incroyable de voir le nombre d'embarcations à voile qu'il y a un mercredi après-midi!  La culture maritime en Bretagne n'a rien à voir avec la nôtre.   Il y avait environ une centaine de voiliers à l'eau.  Jusqu'à ce que je m'éloigne un peu trop.  La concentration de voiliers diminuait tranquillement.  Finalement, je me suis retrouvé seul dans cette immensité.  Encore une fois.  À ma grande surprise, j'aperçus devant moi un mât avec des voiles.  Mais après quelques minutes, il virait de bord lui aussi.  Là, c'était vrai.  Seul... à nouveau...  devant 2 300 miles nautiques...  Malgré l'envie de les faire accompagner, je me sentais bien là où j'étais... 

merci,
au plaisir
Sylvain



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