Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

22 juillet 2012

Je ne croyais pas que c'était possible à cette latitude

Je ne croyais pas que c'était possible à cette latitude

Je ne croyais pas que c'était possible à cette latitude.  J'étais convaincu ne pas la vivre durant cette traversée.  Et bien cette foutue pétole ne m'a pas donné raison, elle m'a rattrapé où j'étais.  Jusqu'à maintenant ma vitesse n'avait pas descendu en dessous d'un nœud sur l'eau.  Mais vendredi dernier vers 17h je dérivais.  Les voiles flacottaient.  Elles raguaient sur le gréement.  Je n'ai eu d'autre choix que de les affaler convenablement.  La seule consolation que m'offrait la mer, son courant.  J'allais à un nœud dans la bonne direction!  Il est dur le sourire durant ces journées…  l'inactivité rend inactif!  L'envie de dormir nous prend le corps et l'esprit s'engourdit.  Nous avons fait un record jamais établi auparavant par l'équipe; 43.4 miles nautiques en 24h.  Jeudi nous avions tracé 63.6 mn.  Mais au moins cette journée-là, nous avons manœuvré un peu, quelques virements de bord afin d'essayer d'avoir le meilleur cap à travers un vent debout.  Il faut bien se pratiquer un peu, chasser l'ennuie.  Mais dans la nuit de vendredi, seulement un sommeil profond.  Le soleil par ici se couche environ 3h avant le vôtre. Et moi je vais au lit en même temps que le soleil, afin d'être en forme.  Il se passe souvent quelque chose la nuit.

Comme de fait, vers 1h du matin le vent me lève de mon lit douillait.  Mmmh!  Que c'est bon se faire lever de cette gentille façon!  Oui, j'arrive!  Je m'empresse de dérouler le génois et de larguer tous les ris.  Loréline se régale au près bon plein.  Ces quelques heures avant le lever du soleil ont tracé le tiers de la journée de vendredi qui se terminait à 6h.  C'est une simple règle que nous avions fixée lors de notre première traversée en 2008 et elle est restée.  La chose qui a changé, je marque seulement à 6h sur la carte de l'océan.  En 2008, nous marquions deux fois, soit à 18h et à 6h.  Mais la journée de samedi fut sublime.  Nous mangions des miles avec un simple vent de 15 nœuds de travers.  Qu'il était magnifique et régulier.  Loréline traçait la route presque toute la journée entre 5.5 et 6 nœuds sur l'eau.  À la fin de la journée, 138.2 miles étaient derrière.  Avec une mer…  Mmmh!  Pas plus d'un mètre, celle qui vous berce doucement. Savoureuse à souhait!

Mais le plus plaisant dans l'histoire.  Je vous ai déjà parlé du phytoplancton.  Mais pas aussi intense que celui dans la nuit de samedi.  Il est assez rare que l'on voie un spectacle aussi parfait que celui-ci.  La nature est parfaite.  Je me suis fait lever du lit, car le vent avait changé légèrement.  Par chance, j'aurais peut-être manqué le spectacle.  En sortant dehors, je vois la traînée du safran dans l'eau, un peu comme à l'habitude.  Les yeux s'ouvrent tranquillement.  La traîner est vachement plus large qu'à l'habitude, elle fait la largeur du bateau.  Le remous du bateau au complet est phosphorescent!  Wow!  Trop intense.  En regardant plus loin, je vois la phosphorescence parsemée par endroits assez distancer.  Comme s'il y avait des  méduses un peu partout autour.  Mais à l'habitude elles se tiennent par bancs assez rapprochés dans l'océan tout de moins lorsqu'on voit.  Et finalement, je vois l'eau déplacée par le bateau à bâbord est phosphorescent aussi.  Ainsi que l'eau qui frappe sur la coque à tribord illumine aussi.  Alors, c'est la crête des vagues que je vois au loin.  La concentration de phytoplancton doit être telle que l'eau brassée légèrement illumine ou bien c'est une autre espèce, je ne sais pas.  Je vois alors le blanc de la crête des vagues illuminé autour du bateau sur environ un mile, il y en a partout.
Et la cerise sur le sorbet s'en vient, lorsque les dauphins se mettent de la partie.  On voit littéralement leur trace dans l'eau.  Ils n'arrivent pas nécessairement en ligne droite…  Ils peignent l'océan à la Picasso, d'un vert lumineux.  La couleur ressemble étrangement à celui des aurores boréales.  Les dauphins s'amusent et laissent leurs traces de tout bord tout côté, par-dessus le voilier, en avant ils le suivent…  J'aurais voulu filmer la scène.  Impossible, la caméra ne capte pas ce genre de lumière.  Même avec ma vision nocturne.  Probablement avec une caméra plus adaptée, plus dispendieuse, je ne sais pas.  La photographie n'a pas fonctionné non plus.  Mais la scène valait le détour!

Pas très difficile à comprendre que depuis mon départ, je n'ai pas pu voir beaucoup de couché ou de levé de soleil…  je suis encore dans le brouillard!

Il me reste environ 500 miles à faire, donc environ 5 jours de navigation.  J'arrive à mon premier arrêt du voyage.  Je vous rappelle le but, allé planter des arbres à travers la planète.  Nous faire prendre conscience de l'importance de notre environnement pour l'humanité.  J'ai réussi jusqu'à maintenant à ne pas démarrer mon moteur, même si le diable est proche!  Je l'utiliserai pour rentrer au port.  J'ai l'impression que l'approche pour Brest sera assez difficile.  Dans le sens qu'il risque d'y avoir du trafic.  On verra s'il faut que je le démarre, je le ferai.  Mais en ultime recours.  Je ne fais pas une course ici.  Je réfléchi et j'essaie de vous faire réfléchir aussi!

Si vous avez envie de m'encourager, ce serait vraiment bien!  Je n'avais pas l'intention de faire tout ce trajet pour venir planter juste un arbre.  C'est contre le principe de productivité de notre culture.  Et Dieu sait que lorsque je dis que je livre la marchandise, je la livre!  Dans l'onglet faites un don, il est possible pour vous de m'aider à me financer, où je m'engage à planter un arbre de plus par tranche de 50 dollars venant de votre part.  Vous pouvez donner comme vous voulez!  C'est toujours un plaisir de toute façon de vous écrire.

Et surtout, rappeler vous qu'il est plus facile de juger les autres que de se regarder soit.  Ah!  Les grosses compagnies…  les gouvernements…  mais en premier c'est nous, le peuple qui crée la demande, de papier, de plastique, de carburant, nous jetons les objets après une utilisation…  il faudra repenser à tout ça, rapidement, mais surtout faire des gestes concrets!!  Et incorporer ça à notre vie quotidienne, sautez sur vos vélos, mettez-vous en forme!

Merci de votre attention, merci d'être là!



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Imprimé le : 22 novembre 2017