Sylvain Fortier - Les projets Équiglobales

Carnet de Bord

7 juillet 2010

Nous sommes toujours là, et content de l'être!




Aujourd'hui, je n'ai pas beaucoup de temps pour vous écrire. François prend son avion demain. Alors, nous allons essayé de lui en faire profiter un peu... Je vous donnerai d'autres nouvelles un peu plus tard. Lorsque je me retrouverai sans aucun stress, seul à bord!
Je vous laisse sur quelques lignes que j'ai eu le temps de rédiger entre deux vagues...

Aucune navigation ne se ressemble! Nous sommes partis des îles de la Madeleine, confiants de rallier les Açores en moins quatorze jours… Bon gré malgré, petit train va loin! Les deux premières journées ont été teintées de voile entremêlé de quelques heures de moteur. Le vent était faible et parfois il s’estompait. La troisième journée, rendus au large du Cap Breton, nous commencions à devoir jouer avec les prises de ris (la grandeur des voiles), le vent se levait parfois avec des risées d’un peu n’importe qu’elle direction, parfois venant du nord, parfois du sud... Nous avons eu au plus 25 nœuds de vents. Durant la nuit de mercredi, nous sommes passés momentanément dans une brèche que le courant du golf Stream s’était frayé à travers le courant froid du Labrador. François dormait à l’intérieur pendant que je devais enlever mes surplus de vêtements. Ce fut une jouissance bien éphémère mais agréable.
Le vent venait maintenant tantôt du sud et ensuite du dus est. Nous l’avions donc directement dans le nez. Il était impossible d’avoir une direction convenable. Ce vent nous a rabattu près des bancs de Terre-Neuve. Durant cette nuit là, je somnolais à l’extérieur et sans trop comprendre la raison, d’un coup le bateau ne progressait plus. J’essayai tant bien que mal de sortir cette masse d’acier de cette impasse. Je n’ai rien compris de cette situation, comme s’il y avait eu des tourbillons à cet endroit, m’obligeant à faire des pieds et des mains. Je commençais à manquer de sommeil.

C’est jeudi que les conditions commençaient à nous donner du fils à retordre. Avec cet adorable courant du Labrador rencontrant celui du golf Stream, nous donnant du brouillard à l’infini… De plus, c’est encore un vent du sud-est qui nous accompagnait, en plein sur le cap que nous espérions suivre. C’est en tirant des bords que nous avons passé les journées de jeudi et de vendredi. Elle furent nos pires journées de la traversée. Le vent ne cessait de changer d’intensité, ce qui nous obligeait à sans cesse ariser et parfois larguer des ris. Journées d’autant plus pénible que je ne pouvais donc pas dormir plus qu’une heure ou deux par jours. Je tenais bon, François devait dormir beaucoup. Je préférais qu’il soit le plus en forme possible.
C’est vendredi que nous pensions sortir du brouillard avec un léger éclaircit de quelques heures… Comme plusieurs journée d’ailleurs, des nuages apparaissaient au-dessus de nos têtes, nous faisant croire que le brouillard se dissipait. Sans répit pour l’équipage, le vent d’ouest tardait à nous prêter main forte. Nous avons donc passé la fin de semaine du 26-27 juin à faire des pas de tortues, brûlant de temps en temps un peu de diesel. Malgré tout nous avions toujours quelques divertissements. Des oiseaux s’amusaient à tous les jours aux abords de l’embarcation. Les plus distrayant étaient les dauphins. Presque à tous les jours, certains dauphins passaient sur notre chemin et s’amusaient avec la coque de ce gros Romarin, ils doivent s’imaginer une baleine?! La plus belle séance fut celle de samedi. Il y avait une centaine de ces mammifères dans une circonférence de 500 m! Jamais je n’en avais vu une aussi grande quantité.

C’est donc dimanche le 27 juin toujours dans le brouillard que le peu de vent que nous avions tomba complètement. En déroulant complètement le génois s’affala complètement. La drisse s’était sectionnée à la tête de mât. J’avoue que c’est un peu déconcertant de voir une voile descendre toute seule en plein milieu de nulle part. Sans savoir pour qu’elle raison exactement, nous avons rehissé le génois avec la drisse de surplus. Nous fîmes alors un peu de moteur en espérant trouver une brise plus au sud, mais sans vain. Vers 21h, je décidai de tout fermer et d’avoir une bonne nuit de sommeil à la dérive. En espérant que ce moment d’accalmie nous enverrait une bonne fois pour toutes ce fameux vent dominant d’ouest. Cette nuit nous a-t-elle fait lâcher prise complètement sur ce qui adviendrait de cette navigation. De toute façon nous étions là, il nous fallait du vent pour avancer et nous n’y pouvions rien.
Le lendemain, aussitôt lever vers 6h30, une légère brise du sud-ouest se présentait à nous. Ce fut une superbe journée de navigation à voile à une vitesse agréable. Après une semaine de route, il nous restait plus de la moitié du chemin à faire. Il fallait bien qu’elle nous dompte cette mer. À la mer comme à la mer. Après nous avoir apprivoiser, nous pouvions découvrir cette masse infinie sur ses beaux jours. Alors durant quelques jours, nous espérions profiter des meilleures conditions de navigation possible : sans trop de soleil, pouvant ainsi admirer l’évolution des masses nuageuses avec les changements de pression, avec un vent relativement constant pouvant nous laisser atteindre une vitesse de croisière très appréciable, d’autant plus que ce vent nous a levés ce que j’appelle la pulsation de la mer, c’est un peu difficile à expliquer, mais c’est une grosse houle de 8 à 10 pieds qui lorsqu’elle le décide déplace même ce voilier en acier vers où elle le veut.

J’ai donc retrouvé la même sensation de navigation que j’avais avec Loréline, le même rythme, les mêmes embardés… De plus, les mêmes sensations nuptiales sont venues confirmer le plaisir de sentir cette grosse planche à voile habitable se frayer un chemin à travers cette masse complètement noire parsemée d’embruns produits par le léger déferlement de la houle ainsi que ceux produit par l’embarcation sur son passage. Je pourrais y rester des heures à contempler ce spectacle, si j’étais sûr qu’il n’y en aurait pas une vague malcommode voulant sauter par-dessus le franc bord afin de venir me rejoindre. Parce que des fois, ça arrive!

En fait, le reste de la traversée ne fut qu’une grosse mise à l’épreuve de notre patience. Parfois le vent se levait. Mais il n’était souvent que de passage. Alors, nous devions faire un peu de moteur au moins une fois par jour afin de progresser un peu. Nous faisions à peine 100 miles par jour. Au départ, j’étais persuadé de pouvoir en faire en moyenne 120. Le pire est que nous n’avons pas eu toujours du vent d’ouest. Selon les statistiques les vents dominant sont d’ouest. À partir de vendredi le 2 juin, nous sommes entrés dans l’anti-cyclone des Açores, nous donnant ainsi un faible vent provenant parfois du sud, parfois du sud est. Parfois, il tombait. J’en ai profité durant une journée sans vent afin d’aller voir en tête de mât qu’est-ce qui aurait bien pu se produire pour sectionner la drisse. J’ai constaté que l’autre était en train de se sectionner aussi. J’vous dis la vie est spéciale! Je vous jure, sans échelle, c’est du boulot de monter dans le mât. Même sans vent, la houle reste toujours présente! Ça fait que si on se tient pas après le mât le petit gars se fait aller d’un bord pis de l’autre. Alors, je n’avais pas envie de monter dans le mât à répétition, j’étais déjà épuisé et les jambes pleines de bleus. J’avais essayé le truc à Philippe pour me hisser moi-même. Ça fonctionne, mais c’est physique. Merci mon Phil! À ne pas faire s’il vente plus que 5 nœuds. Je pense que j’adopterai le style escalier sur le mât. À réfléchir… Alors nous avons simplement donné un peu de mou à la drisse en espérant qu’elle termine le voyage jusqu’aux Açores. Je vous jure que je n’ai plus déroulé le génois au complet pour le reste du voyage. Au cas où la deuxième drisse couperait, le génois devrait tenir en place par lui même. Je lui ferai le travail une fois ancré sous le vent de Flores.

Alors, c’est avec beaucoup de patience que nous avons rejoint Flores. Malheureusement, les vacances à François prenaient fin bientôt. Il n’aura donc pas le temps de visiter les îles plus qu’il ne faut.


Je n’ai aucune félicitation à faire à notre système de météo Skymate. La plupart des fois que je voulais avoir la carte des isobares de l’atlantique, il ne pouvait me les fournir. Et les fois que je réussissais à les avoir, il m’indiquait du vent d’ouest 30-35 nœuds à la grandeur de l’océan, alors que l’on avait du vent d’est ou bien rien du tout. Je ne sais pas qui interprète leurs données chez Skymate mais, il n’a pas dû prendre de cours d’interprétation des données barométriques. Vive la BLU, Richard on s’en reparle. Thomas merci pour les cadeaux de musique!

Je suis en train de penser que notre fermeture d’esprit repose simplement sur le fait que nous croyons être le seul à avoir la solution. En se foutant éperdument de ce que l’autre peut avoir comme idée. Ce n’est qu’une simple pensée qui m’aide à progresser. Si elle vous fait réfléchir tant mieux.

Prendre le temps, et suivre le moment et les circonstances comme elles vont et viennent, lâcher prise sur la situation. Grosse leçon de vie que la navigation m’aura appris au fils des miles nautiques parcourus… J’en avais bien besoin, il m’en reste encore à apprendre… Parfois, on croit pouvoir tous contrôler, mais un jour je me suis rendu compte ; l’être humain est petit à côté de toute la création…

Je suis tout de même privilégier de pouvoir vivre des moments comme ceux-là! Ce n’est pas parce que je suis si solitaire que cela, c’est simplement que je n’ai pas encore trouvé. Pour être franc je n’ai pas vraiment envie de faire la prochaine traversée seule. Il se peut que j’arrête à Horta sur l’île de Faïl. De toute façon, il faut que je fase le plein de différentes choses. Et peut-être quelqu’un recherche-t-il un embarquement pour le Sénégal. Mais, je suis bien avec l’une ou l’autre des circonstances. Je crois que c’est la vieillesse qui produit ça. Je préfère partager les moments de vie. Ça me fait d'ailleurs plaisir de vous partager ces pensées. Merci encore mille fois pour tout. Au plaisir de vous redonner des nouvelles et de vous revoir…
La vie est belle! Les Açores sont de magnifiques îles...


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Imprimé le : 23 juillet 2017